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Arabie Saoudite : la naissance du royaume des sables.

  • Photo du rédacteur: Ilias B.
    Ilias B.
  • 22 sept. 2020
  • 9 min de lecture

Il y a tout juste 88 ans, le royaume d’Arabie Saoudite était fondé. Mais comment une tribu de bédouins a réussi à conquérir la Péninsule Arabique et à devenir un des états les plus riches du monde ? C’est ce que je vous propose de découvrir dans cet article.

Le 1er État Saoudien :

Pour comprendre la naissance de l’Arabie Saoudite, il faut aller en 1744, dans la région du Nedj, au centre de la Péninsule Arabique : c’est à cette époque que se manifeste un certain Mohammed Ibn Abdelwahhab.

Né en 1703 dans une famille de oulémas (docteurs de la loi musulmans), il étudie l’Islam dès son plus jeune âge. Après avoir effectué un pèlerinage à la Mecque, il passe du temps à étudier avec les théologiens de la Mecque, de Médine et de l’université de Bassora, en Irak.

À partir de 1739, Ibn Abdelwahhab commence à prêcher sa doctrine en Arabie, le Wahhabisme. Mais cette doctrine est d’une très grande agressivité, elle expose une vision rigide, totalitaire de l’Islam et impose une lecture littérale du Coran. Selon cette doctrine, le vrai Islam n’est pas de respecter les 5 piliers, de faire le bien autour de soi ou de croire en Dieu et au Coran. Le vrai Islam selon lui est d’imiter totalement le Prophète Mohammed (s’habiller comme lui, manger comme lui, dormir comme lui, etc…). Il condamne aussi le recueillement sur la tombe des Saints, qu’il considère comme de l’idolâtrie, le plus grave péché qui soit dans l’Islam. Les wahhabites doivent se soumettre aveuglément aux recommandations de leur guide religieux, Ibn Abdelwahhab, ce qui implique qu’ils ne se soumettent pas entièrement aux recommandations du Prophète. Pour les wahhabites, tout ceux qui n’adhèrent pas et s’opposent à leur doctrine sont des égarés, des mécréants.

Son message est tellement radical qu’Ibn Abdelwahhab finit par être renié par sa propre famille qui voie en lui l’accomplissement de la prophétie de la « Corne du Diable ». Il va même être expulsé par les imams de la Mecque après que ceux-ci découvrent à quel point il radicalise ses élèves et les population alentours.

Le but d’Ibn Abdelwahhab en 1744 est de trouver un bras armé qui acceptera de répandre son message aux 4 coins de l’Arabie. Il va rapidement trouver son « mécène » en la personne de Mohammed ibn Saoud, émir de Dariya et chef du clan des Saoud, sans doute la tribu la plus guerrière de la Péninsule. Ibn Abdelwahhab et Ibn Saoud concluent un pacte la même année. C’est la naissance du l’Émirat de Dariya, également appelé le 1er État Saoudien.

En 21 ans, Ibn Abdelwahhab et Ibn Saoud unifièrent tous les clans arabes sous une même bannière et les convertirent tous au Wahhabisme. La capitale du nouveau royaume est Dariya, capitale ancestrale du clan des Saoud depuis le XVème siècle.


Carte du 1er État Saoudien

À la mort de Mohammad Ibn Saoud en 1765, c’est son fils Abdelaziz qui devient le nouveau souverain de l’Émirat de Dariya. Ce dernier envahit totalement le Nedj, puis il étendit le territoire Saoudien jusqu’au Koweït et les frontières d’Oman. Quant à Ibn Abdelwahhab, il s’éteint en 1792. Abdelaziz poursuivra seul la conquête de l’Arabie.

Bien imprégné du wahhabisme, il n’hésite pas à envoyer au début de son règne des lettres de menaces à un grand nombre de pays arabes dont le Maroc, les menaçant de venir les envahir s’ils ne se convertissent pas à « l’Islam pur ». Au final, la tentative d’invasion échoue quand des oulémas maghrébins, guidés par le théologien marocain Tayeb Benkirane, lui envoient des lettres de réfutation du wahhabisme.

Finalement, le royaume d’Abdelaziz arrive jusqu’aux portes de l’Irak et de la Syrie. Un conflit s’en suit, ce qui aboutit à la mise à sac de la ville sainte de Karbala en 1802. Abdelaziz en profite même pour piller et faire raser la mosquée qui contient la dépouille de Hussein ibn Ali, le petit-fils du Prophète. Ensuite, c’est à la ville de Najaf qu’il s’en prend. Il pille et endommage le mausolée de l’imam Ali, le 4ème Calife de l’Islam. Il le paye très cher étant donné que le 2 octobre 1803, il est assassiné par un Chiite à la mosquée de Dariya.

C’est son fils Saoud qui lui succède. En 1803 et en 1805, il conquiert la totalité de la région du Hedjaz, la région qui abrite Médine et la Mecque. Il reproduit le même processus de son père en pillant et en rasant les tombes de compagnons du Prophète. Il va même jusqu’à tenter de détruire la Tombe du Prophète mais renoncera au dernier moment. Il vole néanmoins l’or et les joyaux qui ornent la mosquée. Dans les siècles qui suivent, la famille Saoud va détruire 98 % du patrimoine religieux et historique de la Péninsule Arabique.

Mais Saoud néglige un petit détail : depuis 1517, la région du Hedjaz, et par conséquent les lieux saints, sont sous domination ottomane. Et les Ottomans ne tolèrent pas vraiment les exactions des Saoud. La tâche de les vaincre revient au vice-roi d’Égypte, Mehmet Ali, qui, en 1811, envoie son fils Ibrahim Pacha à la tête d’une armée pour reconquérir le Hedjaz. Saoud meurt en 1814.

Son fils Abdallah lui succède sur le trône. À la tête de son armée, il essaye de repousser les Ottomans mais c’est trop tard : ces derniers ont conquis tout le Nedj et sont aux portes de la capitale, Dariya. La ville cède en septembre 1818 et est détruite. Le roi Abdallah est fait prisonnier et est envoyé à Constantinople. Enchaîné et humilié, il est décapité en décembre 1818 et sa tête est jetée dans le Bosphore. C’est la fin du 1er État Saoudien.

Le 2ème État Saoudien :

Après la chute du 1er État Saoudien et l’exécution du roi Abdallah en 1818, son frère Mishari cherche à se venger et à restaurer le royaume saoudien mais il est rapidement fait prisonnier puis tué par les troupes égyptiennes au service des Ottomans.

En 1824, Turki al Saoud, le fils du roi Abdallah parvient à chasser les troupes égyptiennes de la ville de Riyad et de ses alentours. Il fonde ainsi l’Émirat du Nedj, appelé aussi le 2ème État Saoudien. La ville de Riyad est choisie comme nouvelle capitale. Turki al Saoud est considéré comme l’ancêtre des rois saoudiens modernes.


carte du 2nd État Saoudien

Après 10 ans de règne, le roi Turki est assassiné par un cousin éloigné. C’est son fils Faisal qui hérite du trône. Son règne est assez florissant mais en 1838, il doit faire face à l’invasion du Nedj par les Égyptiens et les Ottomans. Finalement, Faisal perd la guerre contre eux et est déporté en Égypte cette même année. Les Égyptiens et les Ottomans mettent à la place son frère Khaled, qui a passé beaucoup de temps à la cour d’Égypte.

En 1840, les Égyptiens et les Ottomans entrent en guerre ensemble et l’Égypte retire toute ses troupes de la Péninsule Arabique. Sans soutien et considéré comme un fantoche par sa population, Khaled est renversé dans les mois qui suivent le départ des Égyptiens. Faisal, qui a été libéré, reprend son trône grâce à Abdallah al Rachid, l’émir de Haïl. En 1850, il occupe tout le Nedj et la côte Est de la Péninsule Arabique. À sa mort en 1865, son fils Abdallah monte sur le trône mais il entre très vite en guerre civile avec son frère Saoud. C’est ce moment que choisit la famille Al Rachid, qui gouverne l’Émirat de Haïl, qui était un vassal du clan des Saoud, pour se rebeller et envahir tout le territoire de ces-derniers avec l’appui de l’Empire Ottoman, ennemi juré des Saoud. Finalement, la bataille décisive a lieu à Mulayda le 24 janvier 1891. La bataille aboutit sur la victoire de la famille Al Rachid et sur l’expulsion du dernier chef saoudien, Abd-Rahman al Saoud.

C’est la fin du 2ème État Saoudien. Les Saoud trouvent alors refuge au Koweït, qui est un protectorat britannique à l’époque. Et ça tombe bien puisque l’Angleterre est un ennemi mortel de l’Empire Ottoman et rêve de l’abattre…

Le 3ème État Saoudien :

En 1902, le jeune Abdelaziz al Saoud, le fils du dernier émir saoudien Abd-Rahman al Saoud, part à la reconquête du royaume perdu de ses ancêtres avec une quarantaine de ses proches. Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1902, Abdelaziz et ses compagnons reprennent leur ancienne capitale, Riyad, des mains de la famille Al Rachid. Pour conquérir le reste de l’Arabie, Abdelaziz fait alliance en 1912 avec les Ikhwan, une tribu violente adepte du wahhabisme (le Daech de l’époque en gros).

Voyant qu’Abdelaziz était devenu une des 1ères forces politiques en Arabie, les Ottomans le nomment gouverneur du Nedj. En 1914, la 1ère Guerre Mondiale éclate. L’Empire Ottoman se range du côté de l’Allemagne et de l’Empire Austro-hongrois. Mais Abdelaziz trahit les Ottomans et fait alliance avec l’Angleterre en signant le traité de Daraïn le 26 décembre 1915. Mais malgré tout, Abdelaziz ne participe pas à la politique des Britanniques de soulever les tribus arabes contre les Ottomans. Il profite du chaos pour agrandir son territoire. À la fin de la 1ère Guerre Mondiale, l’Empire Ottoman est démantelé. En 1921, Abdelaziz s’empare de la région de Haïl et chasse la famille Al Rachid.

En 1924, voyant la puissance des Saoud et constatant qu’ils détiennent les principaux puits de pétrole en Arabie, les Britanniques aident Abdelaziz à chasser du pouvoir le souverain Hachémite Hussein ibn Ali, roi du Hedjaz et Chérif de la Mecque, qui a été le principal allié des Britanniques pour soulever le monde arabe contre l’Empire Ottoman. Ce geste va permettre à Abdelaziz d’annexer le Hedjaz au Nedj en 1925.

En 1926, Abdelaziz achève la conquête de la Péninsule Arabique en envahissant tout le sud. Il est couronné roi du Hedjaz le 8 janvier 1926 à la Mecque. Le 20 mai 1927, Abdelaziz signe le traité de Djeddah avec les Britanniques, un traité qui l’empêche d’envahir les nouveaux pays créés par les Britanniques, c’est-à-dire l’Irak, la Syrie et la Jordanie. Ce traité va provoquer des tensions avec les Ikhwan, qui veulent créer un empire islamique fondamentaliste et l’étendre dans le monde entier.


Abdelaziz al Saoud

Ils finissent par se rebeller contre Abdelaziz, le considérant comme un infidèle. Abdelaziz s’en remet alors aux oulémas qui prononcent une fatwa (un décret religieux) qui intime l’ordre aux Ikhwan de se soumettre au pouvoir royal. Finalement, en octobre 1928, les principaux chefs Ikhwan sont capturés et exécutés. Les oulémas deviennent alors le pilier de la monarchie saoudienne. Le royaume d’Arabie Saoudite est officiellement proclamé le 22 septembre 1932. Abdelaziz el Saoud devient le fondateur de l’Arabie Saoudite moderne. Pour maintenir l’unité du royaume, il se marie avec toutes les filles des chefs de tribus qu’il a soumis : il aura de cette façon 89 enfants, dont 45 fils.

Cependant, un problème reste de taille : le royaume manque d’argent et les taxes prélevées sur les pèlerins allant à la Mecque sont bien insuffisantes pour remplir les caisses de l’état. Mais un miracle va survenir : la découverte du pétrole dans le royaume. Pour tirer des bénéfices de cette découverte, Abdelaziz ouvre les portes de son pays aux compagnies pétrolières étrangères. Les oulémas sont au début très réticents à l’idée d’accueillir des étrangers dans leur pays mais Abdelaziz réussit à les convaincre. De nombreux pays, comme l’Angleterre ou le Japon, se disent intéressés par le pétrole saoudien mais les États-Unis sont les premiers à donner de l’argent aux Saoudiens. C’est ainsi que l’ARAMCO (ARabian AMerican oil COmpany) est créée en 1933. Cette société a pour actionnaires les 4 plus puissantes sociétés pétrolières des États-Unis.

Avec l’arrivée des Américains, Abdelaziz en profite pour moderniser considérablement son pays en y introduisant les nouvelles technologies comme le téléphone, la voiture, l’avion, le réfrigérateur ou encore la radio.


Pacte du Quincy

Si au début, l’accès au pétrole n’était pas une priorité pour les Américains, la 2nde Guerre Mondiale va très vite changer la donne. L’Arabie Saoudite devient l’un des plus importants alliés des États-Unis pendant le conflit. Le 14 février 1945, une rencontre est organisée entre le roi Abdelaziz et le président américain Franklin D. Roosevelt, à son retour de la Conférence de Yalta. La rencontre a lieu sur un bateau de guerre américain, l’USS Quincy. Les 2 hommes commencent par parler amicalement. Roosevelt offre même un fauteuil roulant à Abdelaziz qui doit s’aider d’une canne pour marcher. Abdelaziz et Roosevelt discutent de leur passion commune pour les travaux agricoles.

Puis viennent les choses sérieuses. Abdelaziz et Roosevelt conclurent un 1er accord : en échange du monopole du pétrole saoudien et de la location d’une base militaire dans le Golfe Persique, le tout pour une durée de 60 ans, les Américains assurent la protection et le maintien au pouvoir de la famille Saoud. C’est ainsi que l’Arabie Saoudite devient, jusqu’à ce jour un protectorat américain.

Ensuite, vient la question épineuse de la Palestine : Roosevelt cherche à obtenir l’approbation d’Abdelaziz pour l’établissement d’un foyer national Juif en Palestine. Pour le convaincre, Roosevelt lui présente la situation des Juifs d’Europe, décimés par les nazis. Abdelaziz refuse catégoriquement, répliquant que les Américains n’ont qu’à aller établir le foyer Juif en Allemagne, chez ceux qui les ont opprimés. De plus Abdelaziz prend la défense de la Palestine en affirmant que le peuple palestinien a été un fidèle soutient de la cause des Alliés pendant la guerre. Roosevelt promet alors au roi que rien ne sera décidé sur cette question sans que les Arabes n’aient été consultés auparavant.

Mais Roosevelt meurt quelques mois plus tard et son vice-président Harry Truman lui succède. Ce dernier viole l’accord entre Abdelaziz et Roosevelt et officialise la naissance de l’État d’Israël en 1948. Le roi Abdelaziz exprime sa déception mais ne peut rien faire car il a trop besoin de ses alliés américains pour se protéger des Hachémites qui gouvernent la Jordanie et l’Irak voisins et des Britanniques qui gouvernent les autres pays du Golfe.

Devenu vieux, Abdelaziz délègue le pouvoir à ses 2 fils aînés, Saoud et Fayçal. Finalement, le roi Abdelaziz s’éteint le 9 septembre 1953 à Taïf, des suites d’un arrêt cardiaque.


Après sa mort, les fils d’Abdelaziz vont se succéder sur le trône jusqu’à l’actuel roi d’Arabie Saoudite. Ils vont continuer son œuvre de modernisation du pays mais ils sont pris entre 2 feux : celui des conservateurs wahhabites et celui de leurs alliés occidentaux qui leur imposent de plus en plus de choses.

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