L'Indochine Française, histoire d'un désastre
- Ilias B.
- 5 févr. 2021
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Quand on parle de la colonisation française, on a très souvent tendance à penser à l’Afrique. Mais on a aussi souvent tendance à oublier que pendant 67 ans, l’Hexagone a dominé l’Asie du Sud-Est. Au terme de ces 67 ans, s’est déroulé une très sanglante guerre coloniale, qui a ébranlé la République Française. La Guerre d’Indochine est le début de la disparition du grand empire colonial français. Mais qui sont les acteurs de ce conflit majeur du XXème siècle ? Comment pour la 1ère dans l’histoire, des indigènes ont réussit à tenir tête à la France ? Retour sur l’histoire de l’Indochine Française.
La conquête de l’Indochine :

Les liens les plus anciens entre la France et l’Asie du Sud-Est remontent au XVIIème siècle : c’est à cette époque qu’arrivent les 1ers missionnaires catholiques européens (espagnols, portugais, italiens et français). La zone d’action des missionnaires s’étend à la région du Tonkin (Nord du Viêtnam actuel), à la région de la Cochinchine (Sud du Viêtnam actuel) et au Cambodge. Un évènement en particulier va rapprocher les liens entre le Royaume de France et l’Indochine. En 1771, a lieu une grande rébellion provoqué par 3 frères, les Tây, contre la famille des Seigneurs du Sud, les Nguyen. Les Tây s’emparent du trône du Royaume de l’Annam (l’ancien nom du Viêtnam) et massacrent les Nguyen, sauf un, le prince Nguyen Àhn. Ce dernier fait un voyage diplomatique en France et obtient une entrevue avec le roi Louis XVI par l’intermédiaire de Mgr Pierre Pigneau de Béhaine. Le prince demande l’appuie du roi de France pour récupérer ses terres en échange de quelques îles annamites. Louis XVI accepte. En 1802, la dynastie des Tây est battue et renversée. Nguyen Àhn monte sur le trône impérial sous le nom de Gia Long. Il fonde ainsi la dynastie impériale des Nguyen. L’Empire de l’Annam devient rapidement un royaume vassal de l’Empire Chinois des Qing. À la suite de ça, l’Empire de l’Annam se ferme à l’Occident et n’entretient des relations commerciales que par des petits ports. En effet, Gia Long voit d’un mauvais œil les ambitions coloniales des Français et le développement du Christianisme dans son royaume. Mais il tolère néanmoins le Christianisme, en signe de gratitude envers Mgr Pigneau de Béhaine. En revanche, ses successeurs s’acharneront à persécuter les chrétiens, missionnaires comme annamites convertis. En 1857, l’empereur Tu Duc fait décapiter 2 missionnaires espagnols. Seulement, les éléments vont se retourner contre lui car les Français et les Anglais sont présents en Chine dans le contexte de la 2nde Guerre de l’Opium. Napoléon III, fraîchement auto-proclamé empereur, se sert du scandale pour s’ériger en grand défenseur du Catholicisme et envoie une expédition punitive avec l’appui de l’Espagne contre l’Empire de Annam. L’Amiral français Charles Rigault de Genouilly est envoyé en août 1858 pour prendre la ville de Tourane. Le siège est long et difficile, si bien que les troupes franco-espagnoles se retirent le

20 mars 1860. De Genouilly se décide alors à assiéger la ville de Saïgon et cette fois, la ville est prise avec succès. Le 5 juin 1862, le Traité de Saïgon est signé : la France ampute l’Empire de l’Annam du Sud qui deviendra la colonie française de Cochinchine et récupère aussi le royaume du Cambodge, sur lequel l’Empire de l’Annam a renoncé à sa suzeraineté. Le Cambodge devient un Protectorat français le 11 août

1863. Pendant un petit temps, une pause sera effectuée dans l’entreprise de colonisation de l’Annam. En effet, Napoléon doit affronter plusieurs crises graves comme l’échec écrasant d’un empire colonial au Mexique mais surtout la guerre franco-prussienne qui marque l’effondrement du 2nd Empire en 1871. Cependant, après 1871, les ambitions coloniales de la France pour l’Annam ressurgissent. Sous l’impulsion du ministre Jules Ferry, la IIIème République envoie une armée dans le but d’annexer la province qui constitue le nord du pays, le Tonkin en 1881. Le 25 août 1883, le Traité de Hué est signé. L’Annam et le Tonkin passent sous Protectorat français. Les Français en profitent aussi pour accroitre leur emprise sur le Cambodge. Le 17 octobre 1887, la colonie de Cochinchine et les Protectorats Tonkin/Annam et du Cambodge sont réunis dans un seul bloc : l’Union d’Indochine est née. Cet Union va s’agrandir avec quelques petites provinces de la Chine et du Royaume de Siam (l’actuelle Thaïlande) et surtout par la conquête du Laos en 1893 et son annexion à l’Indochine en 1899.
La Colonisation Française :
Durant la 1ère Guerre Mondiale, bon nombre d’Indochinois seront réquisitionnés pour la fabrication d’armes dans les usines ou pour se battre en Europe. Pendant l’entre-deux-guerres, apparaît un nouveau concept : celui du droit des peuples à disposer d’eux même. Ce concept intéresse les Indochinois et dès lors, on observe une monté de l’indépendantisme et du nationalisme dans les milieux intellectuels indochinois. De nombreuses manifestations étudiantes éclatent.

Parallèlement, ces troubles vont permettre à un jeune homme du nom de Nguyen Sinh Cung de se faire remarquer. Vous le connaissez tous sous le nom d’Hô Chi Minh. Très jeune, il adhère déjà au socialisme français et à la franc-maçonnerie. Il participe au Congrès socialiste de Tours, où il se fait remarquer par son discours anticolonialiste. Il participe à la création du Parti Communiste Français (PCF). En 1924, il part en URSS où il travaille pour l’Internationale Communiste (le Komintern), le principal organisme du gouvernement soviétique. Le Komintern l’envoie en Chine pour combattre aux côtés des communistes de Mao Zedong. C’est en 1930, à Hong Kong, que le jeune Nguyen Sinh Cung fonde le Parti Communiste Indochinois (PCI). Le nouveau parti politique attire beaucoup de monde car l’économie indochinoise est désastreuse suite à la crise économique de 1929. En 1940, survient la grande débâcle de la France face aux forces de l’Axe. Dans le cadre de la Collaboration, le maréchal Pétain permet l’occupation militaire de la colonie d’Indochine par le Japon, même si dans les faits, l’Indochine reste française. En 1941, Nguyen Sinh Cung crée le Vietminh (« Front pour l’indépendance du Viêtnam ») avec ses 2 bras-droits, Pham Van Dong et Vô Nguyen Giap. Le chef du Vietminh se réfugie en Chine où il est emprisonné par Tchang-Kaï Chek puis libéré sur la demande des Alliés. C’est alors qu’il adopte le nom qui lui restera à jamais : Hô Chi Minh (« celui qui éclaire »). Il devient alors le chef de la résistance indochinoise face à la

présence japonaise. Le 9 mars 1945, le Japon réalise un coup de force : désormais, l’Indochine n’appartient plus à la France et devient un territoire de l’Empire du Japon. Mais la domination nippone n’aura qu’un temps puisque 6 mois plus tard, le 2 septembre 1945, le Japon plie le genou face aux USA. Hô Chi Minh en profite le même jour pour proclamer la naissance de la République Démocratique du Viêtnam. Cependant, le général De Gaulle souhaite rétablir la présence française en Indochine. Un corps expéditionnaire dirigé par le général Philippe Leclerc est envoyé à Saïgon pour négocier avec Hô Chi Minh. Mais pour l’amiral Thierry d’Argenlieu, gouverneur général d’Indochine, la négociation est impensable. Cependant, les Français se réinstallent en Cochinchine, où les troupes du Vietminh sont quasi-absentes, et le général Leclerc entame la reconquête du Nord. En janvier 1946, De Gaulle démissionne du GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française). Ce-dernier comprend l’inutilité de garder l’Indochine. Le 6 mars 1946, des accords sont signés entre Hô Chi Minh et Jean Sainteny, Commissaire de la république. Ces accords reconnaissent l’indépendance de la République du Viêtnam au sein de l’Union Française. Le 6 juillet 1946, s’ouvre la Conférence de Fontainebleau qui est censé faire la fusion entre les 3 provinces du Viêtnam, le Tonkin, l’Annam et la Cochinchine. Les négociations vont durer jusqu’au 19 novembre 1946. Ce jour-là, une escarmouche entre un bateau français et un bateau vietminh se déroule dans le port d’Haïphong et fait 24 morts. L’amiral d’Argenlieu et d’autres partisans colonialistes se servent de l’incident pour demander la reconquête du Viêtnam. Ils amputent le Viêtnam de la Cochinchine qui redevient une colonie française. Le 23 novembre 1946, le port d’Haïphong est bombardé. L’attaque fait 6000 morts. Le 19 décembre 1946, Hô Chi Minh proclame le soulèvement contre l’occupant français depuis la capitale vietnamienne, Hanoï. La guerre est déclarée.
La Guerre d’Indochine :

Aidé par le général Giap et par les groupuscules communistes des « Khmers issarak » au Cambodge, Hô Chi Minh met en place des stratégies de guérillas qui infligent de lourdes pertes au CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient). Mais malgré tout, le Viêtnam n’a aucun soutien international et a un faible arsenal. Les Français croient la victoire acquise. Le tournant de la guerre survient en 1949 : la guerre d’Indochine est de moins en moins accepté en France métropolitaine, qui a besoin d’être reconstruite après la 2nde Guerre Mondiale. Les troupes françaises décident de combattre le feu par le feu : ils transforment leur colonie de Cochinchine en État fantoche et mettent à sa tête Bao Dai, dernier empereur de la dynastie Nguyen renversé en 1945. Les Français mettent à sa disposition des troupes qui forment l’ANV (Armée Nationale Vietnamienne). Bao Dai et l’ANV sont également soutenues par les armées royales du Laos et du Cambodge, qui cherchent à endiguer le communisme en Indochine. Mais un autre changement survient en 1949 : la victoire de Mao sur les nationalistes en Chine et l’avènement de la République Populaire de Chine permet à Hô Chi Minh et à ses troupes d’être épaulés internationalement et d’avoir un arsenal plus puissant et sophistiqué. En 1950, un nouveau général prend en charge le CEFEO : le général Jean de Lattre de Tassigny, réputé un des meilleurs généraux de l’armée française. Il remporte de nombreuses victoires militaires qui affaiblissent le Vietminh. Mais rongé par le cancer, il est rappelé en France en 1951. En 1951, le Vietminh est rejoint par un nouvel allié, le Pathet Lao, l’armée communiste du Laos. Le nouveau chef du CEFEO, le général Henri Navarre, élabore une stratégie : il décide de piéger l’armée du général Giap dans la cuvette naturelle de Dien Bien Phu, dans le Tonkin. Il parachute des hommes dans la région

le 20 novembre 1953. C’est l’Opération Castor. La cuvette de Dien Bien Phu est un point stratégique pour l’armée française car elle constitue une base pour frapper le Laos et la Chine en même temps. La base comporte une artillerie énorme et surpuissante, sans compter qu’elle est habitée par 1400 hommes, la fine-fleur de l’armée française. La base semble imprenable. Mais Giap, qui assiège la base depuis le 3 février 1954, n’est pas décider à renoncer : le 13 mars, il lance l’assaut par surprise. Ses 4 unités tirent à volonté depuis les hauteurs de la cuvette. L’armée française oppose une résistance héroïque face à cette attaque qu’elle n’a pas su prévoir mais elle est anéantie. Le 7 mai 1954, la bataille se termine. C’était la bataille décisive. Les pertes sont énormes : 25 000 morts pour les Vietminh et 2000 soldats français. Entre le 2 et le 21 juillet 1954, les Accords de Genève sont signés. C’est la fin de l’Indochine Française et la naissance du Viêtnam, du Laos et du Cambodge. Mais avant de partir, les Français reproduirent la même chose que les américains en Corée : ils coupèrent le Viêtnam en 2 au niveau du 17ème parallèle. Cette séparation donnera lieu à un des conflit les plus violents du XXèmesiècle : la Guerre du Viêtnam.



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