La Chapelle Sixtine - Michel-Ange
- Ilias B.
- 26 mars 2020
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 août 2020
En 1508, le Pape Jules II constate un phénomène alarmant : les travaux effectués sur la basilique Saint-Pierre et la tour Borgia endommagent une salle du palais pontifical, la Chapelle Sixtine. Le Pape va alors prendre une décision qui va changer l’Histoire de l’Art : il charge un jeune artiste, qui a déjà fait ses preuves en sculptant la « Pietà » et « David », de la décoration de la chapelle, Michelangelo di Simoni. Mais il est connu dans le monde entier sous un autre nom : Michel-Ange. Cette analyse de la Chapelle Sixtine se fera en 4 parties : la 1ère traitera du plafond de la Chapelle (les tableaux principaux). La 2ème partie traitera de l’immense fresque du « Jugement dernier », la 3ème partie traitera des tableaux mineurs du plafond et la 4ème partie traitera de la fresque dite de « la vie des prophètes ».
Le plafond de la Chapelle :
Comme nous l’avons dit précédemment, nous allons étudier les 9 tableaux principaux du plafond. Ces scènes sont principalement tirées du 1er Livre de l’Ancien Testament, la Genèse.
La séparation de la Lumière et des Ténèbres :

Voici ce qu’on peut voir sur ce tableau : Dieu est habillé en rose et est placé au milieu du cadre central. Cette position au milieu du cadre n’a rien d’un hasard. Il sépare 2 forces qui sont représentées par 2 couleurs du cadre : à la droite de Dieu, un nuage d’une couleur très claire et à sa gauche, un nuage très sombre. En réalité, cette scène est la représentation de ce passage de la Genèse :
« Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. »
(Genèse, Chapitre 1, verset 4)
La présence de Dieu au milieu du cadre symbolise cet axe de séparation entre la lumière et les ténèbres. Aux 4 coins du cadre, se situent 4 anges qui soutiennent 2 boucliers à droite et à gauche du cadre qui représentent 2 scènes bibliques : le sacrifice d’Isaac par Abraham (Genèse, chapitre 22, verset 9) et la montée au ciel du prophète Elie sur un char de feu (2ème Livre des Rois, Chapitre 2, verset 11).
La création du Soleil et de la Lune :
Ce tableau est la représentation de ce passage de la Genèse :

« 11 Puis Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi.
[...]
16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles. »
(Genèse, Chapitre 1, versets 11 et 16)
Contrairement au 1er tableau, le 2ème tableau est séparé en 2 temps : le 1er temps est immortalisé à gauche du tableau. Dieu tend la main et en contrebas, de la verdure sort de la Terre. Il s’agit de la création des végétaux. Le 2ème temps est immortalisé à droite du tableau : Dieu, d’un ton grave et sévère, sépare la Lune et le Soleil nouvellement créés, encadré par ses anges.
La séparation des eaux et de la Terre :
Le 3ème tableau est construit selon le même schéma que le 1er tableau. Il illustre ce passage de la Genèse :

« 9 Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.
10 Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. »
(Genèse, Chapitre 1, versets 9 à 10)
Dieu, toujours encadré par ses anges, sépare l’eau et la Terre en écartant les mains. Les 4 anges sont toujours disposés autour du cadre et tiennent encore 2 boucliers, l’un vide (probablement inachevé par Michel-Ange) et l’autre représentant la mort d’Absalom (2ème Livre de Samuel, Chapitre 18, verset 9).
La création d’Adam :
Le 4ème tableau est sans doute la scène la plus célèbre de la Chapelle. Voici ce qu’il représente :

« L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
(Genèse, Chapitre 2, verset 7)
Le décor est assez vide. Adam est allongé nu sur la terre dont il est issu. Dieu, à nouveau entouré par ses anges, pointe son doigt et s’apprête, par ce geste, à donner vie à sa créature. Si le spectateur est attentif, il peut remarquer que sa tunique qui flotte au vent est en forme de cerveau humain. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que Michel Ange a étudié l’anatomie et le corps humain à Florence en 1490. Cela a une valeur symbolique : Dieu est l’intelligence suprême, le Cerveau qui a pensé le monde, l’a créé et le régit. Cela illustre l’expression qui définit Dieu : le « Grand Architecte ».
La création d’Ève :
Le 5ème tableau représente la scène suivante :

« 21 Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
22 L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. »
(Genèse, Chapitre 2, versets 21 à 22)
Dieu fait surgir Ève on ne sait d’où. Celle-ci semble se prosterner devant son Créateur en signe de gratitude. Quant à Adam, il semble profondément endormi sur un rocher sorti d’un paysage désertique. 4 anges sont disposés aux angles du cadre et tiennent 2 boucliers : l’un représente le massacre brutal de la famille d’Achab et des prêtres de Baal par Jéhu (2ème Livre des Rois, Chapitre 10, versets 11 à 25) et l’autre représente le prophète Nathan sermonant le roi David.
Le péché originel :

Comme le 2ème tableau, le 6ème tableau est séparé en 2 temps : dans le 1er temps, Adam et Ève sont près d’un arbre. Autour de cet arbre est enroulé le Diable sous forme de Dracontopode (mi- humain, mi- serpent). Il semble donner quelque chose à Ève, qui est allongée sur un rocher. Adam, lui, semble désigner quelque chose dans l’arbre. Dans le 2ème temps, un ange pointe sa lame sur Adam et Ève qui marchent, l’air éploré. On devine qu’ils sont bannis du Paradis.
Le sacrifice de Noé :

Le 7ème tableau représente une scène se déroulant après le Déluge : pour remercier Dieu de les avoir épargnés lors du Déluge, Noé, sa femme, ses 3 fils et leurs femmes lui offrent un holocauste. Japhet, un des fils de Noé, prend un bélier parmi le lot des animaux sacrificiels (2 chevaux et une vache) et le traîne vers l’autel. Une des belles-filles de Noé semble donner un morceau de viande issu du sacrifice à Sem, autre fils de Noé, à côté de qui gît un bélier égorgé. Cham, quant à lui, regarde à l’intérieur du fourneau sacrificiel. Noé est derrière l’autel sacrificiel et semble dire quelque chose à sa femme en pointant un doigt vers le ciel entouré d’une de ses belles-filles. Une autre de ses belles-filles semble porter des fagots pour attiser le feu du fourneau. 4 anges sont disposés autour du cadre et tiennent 2 boucliers : celui de gauche représente la destruction de la statue du dieu Baal (2ème Livre des Rois, Chapitre 10, verset 27) et celui de droite représente la mort d’Urie le hittite (2ème livre de Samuel, Chapitre 11, verset 41)
Le Déluge :

Le 8ème tableau est une représentation du 7ème chapitre de la Genèse. Voici ce que nous pouvons voir : au 1er plan à gauche, des gens émergent lentement de l’eau, tout en portant leurs proches et leurs affaires pour se réfugier sur un rocher. À droite du tableau, nous voyons à peu près la même scène. Des gens se sont abrités sur un rocher, sous une tenture attachée aux deux arbres présents sur le rocher. Au 2ème plan, un radeau a sa partie inférieure immergée. 5 personnes sont présentes sur le radeau. Deux hommes repoussent à coups de bâton une personne tentant de monter sur l’embarcation. Au 3ème plan, nous voyons l’Arche de Noé. C’est une grande bâtisse posée sur une planche. Au sommet de la bâtisse, une petite loge percée de fenêtre et sur la fenêtre centrale, se dresse une colombe, référence au 8ème et 13ème versets du chapitre 8 de la Genèse, où Noé lâche une colombe pour voir si les eaux ont baissé. En bas de la bâtisse des gens tentent de monter dans l’Arche avec une échelle.
L’ivresse de Noé et la Malédiction de Canaan :

Le 9ème et dernier tableau du plafond est une représentation du 9ème chapitre de la Genèse. Il est divisé en 2 temps. Après le Déluge, Noé se reconvertit dans la viticulture. A droite, il est en train de creuser la terre dans le but de planter des vignes. Mais l’histoire ne s’arrête pas là :
« Il (Noé) but du vin, s’enivra, et se découvrit au milieu de sa tente. »
(Genèse, Chapitre 9, verset 21)
Noé, nu, est en train de dormir à côté d’un pressoir, un manteau jaune lui servant de couverture. Un pichet est près de sa tête et un bol à côté de lui, symbole de son ivresse. Sem détourne le regard pour ne pas voir la nudité de son père et dépose un voile sur son corps. Cham, qui a averti ses frères de l’état où se trouve leur père, désigne son père du doigt pour se moquer de lui. Japhet semble dire à son frère d’arrêter. A son réveil, Noé apprend ce qu’a fait Cham. Voici ce qu’il lui dit:
« Maudit soit Canaan (fils de Cham) ! qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ! »
(Genèse, chapitre 9, verset 25)
Ce passage, aussi anodin soit-il, aura une terrible conséquence sur l’Histoire : 4.000 ans de Traite Négrière. Car dans la tradition chrétienne Cham est décrit avec la peau sombre, donc il serait l’ancêtre des Africains, alors que Sem est l’ancêtre des Juifs et des Arabes et Japhet celui des Européens, les 3 principaux participants de la Traite des noirs. 4 anges se tiennent aux coins du tableau et soutiennent 2 boucliers de bronze : l’un représente la mort du roi Achab, ennemi juré du prophète Elie et instaurateur du culte de Baal (1er Livre des Rois, Chapitre 22) et le meurtre d’Abner, ancien général de l’armée royale, par Joab (2ème Livre de Samuel, Chapitre 3, verset 27).



Commentaires