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Le Jardin des Délices - Jérôme Bosch

  • Photo du rédacteur: Ilias B.
    Ilias B.
  • 15 mars 2020
  • 5 min de lecture

Il y a près de 5 siècles, disparaissait le peintre le plus énigmatique de l’Histoire de l’Art : Jérôme Bosch. Le peintre flamand est connu pour n’avoir laissé que très peu d’œuvres mais de toutes ses toiles, une va faire sa renommée : le célèbre « Jardin des Délices ». C’est de cette œuvre dont nous allons parler.

L’histoire de l’œuvre :

Curieusement, malgré la célébrité du tableau, on ne sait pratiquement rien sur sa naissance. On ne connaît ni son titre initial, ni sa date de conception et encore moins le nom de celui qui l’a commandé ! Néanmoins, les experts le font remonter entre la fin du 15ème siècle et le début du 16ème. Pour son commanditaire, on penche pour l’hypothèse du comte Henri de Nassau étant donné que le tableau se trouvait dans son palais de Bruxelles en 1517 (1 an après la mort de Bosch). Dès le début, l’œuvre exerce une sorte de fascination sur ses contemporains. Mais certains bouleversements politiques du 16ème siècle vont changer le destin du tableau : suite à de nombreuses révoltes protestantes dans les Pays-Bas contre la couronne catholique d’Espagne, le roi Philippe II envoie un de ses proches conseillers, le duc d’Albe, en expédition punitive contre le comte de Nassau, Guillaume Ier d’Orange. De nombreux biens du comte sont saisis dont le « Jardin des Délices ». L’œuvre va rester dans les collections du duc d’Albe jusqu’à sa mort en 1582. Le duc lègue le tableau à l’un de ses fils qui va lui-même le léguer à Philippe II. En 1939, après la Guerre civile espagnole, le tableau est transféré du Palais de l’Escurial, demeure de la famille royale, jusqu’au musée du Prado où il est exposé actuellement.

Description de l’œuvre :

Pour commencer, le « Jardin des Délices » est une forme de tableau très particulière : un triptyque. Un triptyque est un tableau composé de 3 panneaux : un panneau central et 2 panneaux plus petits de chaque côté, peints au recto et au verso et qui peuvent se rabattre.

Quand les panneaux sont fermés :

On aperçoit la Terre telle que les judéo-chrétiens se la figuraient, c’est-à-dire en forme de demi-sphère, la Voûte céleste constituant l’autre moitié. La Terre est au milieu d’un fond terne qui représente le néant. Néanmoins, on remarque en petit à gauche Dieu qui fait un signe de bénédiction. En réalité, la scène qui se déroule sous nos yeux n’a rien d’anodin : il s’agit de la création du ciel et de la terre. Au-dessus de la Terre, est gravé en latin et en lettre d’or le 33ème Chant des Psaumes : « Ipse dixit et facta sunt » (Car Il dit et la chose arrive) écrit sur le panneau de gauche et « Ipse mandavit et creata sunt » (Il ordonne et elle existe) écrit sur le panneau droit.

Quand les panneaux sont ouverts :


  • Panneau gauche :

Au 1er plan, on peut voir Dieu qui présente Ève à Adam et il semble bénir leur union. En arrière-plan, on voit un paysage luxuriant parsemé de forêts et de montagnes avec des animaux exotiques (éléphant, girafe, licorne, etc…). On voit un lac au milieu duquel se dresse une magnifique fontaine aux formes bizarres. De ce lac, surgissent plusieurs créatures étranges. On comprend qu’il s’agit des 5ème et 6ème jours de la création du monde.

  • Panneau central :

Voici ce qu’on découvre sur ce panneau central : on voit des hommes et des femmes nues s’amusant de diverses manières (chevauchant différentes créatures, pratiquant des jeux érotiques, se réfugiant dans des fruits géants, se blottissant contre des animaux, etc…). On les voit même se baigner dans des lacs depuis des fontaines aussi belles qu’étranges aux côtés de créatures fabuleuses (sirènes). Le sens de cette scène divise encore les chercheurs mais l’explication la plus répandue est qu’elle représente l’humanité avant le Déluge (on y reviendra plus tard).

  • Panneau droit :

Sur le panneau droit, changement radical d’atmosphère : fini les couleurs chatoyantes, les gens s’amusant gaiement. Que des teintes sombres et de la souffrance…. Hé oui, vous l’avez compris, le panneau droit représente l’Enfer. Décortiquons l’œuvre plan par plan : au 3ème plan, nous pouvons voir une cité qui semble être en proie aux flammes, d’où s’échappent des lumières incandescentes et où s’activent de nombreuses créatures démoniaques. Au 2ème plan, on peut voir de nombreux pécheurs nus se faisant agresser par de monstrueuses créatures hybrides. Un peu plus en bas, on voit des personnages patiner. Au 1er plan, on escalade un niveau de plus dans l’horreur : On voit des gens encastrés, crucifiés sur des instruments de musique (la musique étant à l’époque considérée par l’Église comme un des moyens du Diable pour pervertir l’Homme). Mais le détail le plus voyant est le démon à tête d’oiseau avec une casserole sur la tête avaler un damné et en déféquer un autre. On devine assez aisément qu’il s’agit du Diable. Cette représentation s’inspire très probablement de l’image du Satan mangeur d’hommes à 3 têtes véhiculée par « la Cité de Dieu » de St Augustin d’Hippone (Vème siècle) et par la « Divine Comédie » de Dante Alighieri (XIVème siècle) mais l’inspiration la plus probable est celle des « Visions de Tondal » du moine David Auber (un roman où sont décrits le Purgatoire, l’Enfer et le Paradis). Voici comment est décrit le Diable :

« L'ange allant devant, ils virent une bête qui ne ressemblait pas du tout aux bêtes qu'ils avaient vues auparavant, elle avait deux pieds et deux ailes, et aussi un très long cou et un bec et des ongles de fer. Une flamme inextinguible sortait de son bec. Cette bête était sur un étang plein de glace. Mais la bête engloutissait toutes les âmes qu'elle pouvait trouver, et après qu'elles aient été anéanties dans son ventre par le martyre, elle les mettait de nouveau au monde dans l'étang d'eau gelée, et là, elles souffraient derechef de nouveaux tourments »

Sens du Tableau :

Si les panneaux latéraux ne posent pas de problème particulier d’interprétation, en revanche, le panneau central est un mystère sur lequel les experts d’art s’interrogent depuis des siècles. Plusieurs interprétations ont été avancées : celle qui est officiellement présentée est celle que nous évoquions tout à l’heure (celle de l’Humanité avant le Déluge). Mais j’ai ma petite explication personnelle : à l’extrême droite du panneau, on voit 3 personnages, dont une femme avec une pomme et 2 hommes dont l’un pointe du doigt la femme. Les experts prétendent qu’il s’agit d’Adam, Ève et Noé. La femme et l’homme qui ne la pointe pas du doigt peuvent être Adam et Ève mais le 3ème personnage n’est pas Noé. De plus, on voit que la femme a l’air rêveuse. J’en ai déduit que le panneau central est une représentation de cette scène de la Genèse :

« Il (Satan) dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?

La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.

Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.

Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point;

mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »

(Livre de la Genèse, Chapitre 2, versets 1 à 5)


Cette scène pourrait représenter Ève en train de rêver à ce que pourrait devenir sa descendance si elle croquait dans le fruit. Mais le panneau de droite rappelle au spectateur que malgré tout ce qu’Ève a pu imaginer sur sa descendance, l’histoire sera ce qu’elle sera : elle va croquer dans la pomme condamnant ainsi l’Humanité au péché avant que n’arrive le Christ. Le 3ème personnage est donc soit Satan qui montre au spectateur que son projet est sur le point de se réaliser, soit un ange qui rappelle le spectateur à la réalité et montre que Ève va condamner l’Humanité.

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