La chute de l'Empire Ottoman, la fin d'un monde
- Ilias B.
- 14 avr. 2020
- 4 min de lecture

Pendant près de 400 ans, les Ottomans ont réussi à dominer le monde oriental avec une poigne de fer. Mais au début du XXème siècle, ce puissant empire va commencer à sombrer dans la décadence et la décrépitude jusqu’au coup fatal qui lui sera porté de l’intérieur. Dans cet article, nous allons découvrir les raisons d’une chute aussi brutale.
Le début de la fin:

Pour comprendre les raisons de l’agonie de l’Empire Ottoman, il faut nous reporter en 1908 : cette année-là, les troupes ottomanes postées en Macédoine se révoltent et prennent le contrôle du port de Salonique. Ayant du mal à mater la mutinerie, les militaires ottomans prennent la décision de renverser le sultan Abdülhamid II, qu’ils jugent trop faible pour préserver l’Empire. S’il est simplement écarté du pouvoir dans un 1er temps, le sultan est emprisonné en 1909 suite à un contre-coup d’état qui échoue. C’est son frère Mehmed V qui le remplace. Il faut dire qu’il a 65 ans, qu’il est en mauvaise santé et qu’il est piètre souverain, ayant passé la majeure partie de son existence en résidence surveillée. En réalité, ce sont les membres du CUP (Comité Union et Progrès) appelés plus simplement les Jeunes Turcs, un obscure groupe de politiciens intellectuels, qui tiennent réellement les rennes du pouvoir. Leur 1ère mesure est le refoulement du colonialisme occidental dans la région de Roumélie (les Balkans). La même année, des révoltes éclatent en Albanie à partir de mars 1910 et du printemps 1911. La répression est sanglante. De plus, de nombreux échecs

militaires dans la Péninsule Arabique finissent par leur coûter leurs possessions en Afrique du Nord car pour mater les révoltes, ils ont mobilisé les troupes postées en Lybie. L’absence de ces troupes va permettre l’invasion italienne de la Lybie. Suite à ces échecs, la vision des Jeunes Turcs au niveau international en prend pour son grade : ils ont une réputation de pseudo-intellectuels et d’administrateurs médiocres. Ces échecs vont aussi décider les populations des Balkans à faire sécession et à se partager la Roumélie. Les Ottomans subissent aussi des revers en Bulgarie et se font pratiquement anéantir aux batailles de Kirk Kilissé et de Lule-Burgas en octobre 1912. En décembre 1912, la paix est entamée avec la ligue Balkanique mais ils doivent renoncer à la ville d’Andrinople (l’actuelle Edirne), leur principale place forte dans les Balkans mais suite à l’assassinat du ministre de la guerre ottoman en 1913, les hostilités reprennent mais ça n’a fait que réduire le territoire ottoman et ce, au prix de milliers d’hommes. Mais une guerre surprise contre la Grèce et la Serbie menée par la Bulgarie donne l’occasion aux Ottomans de reprendre Andrinople. Malgré cela, l’Empire a perdu près de 81% de ses territoires en Europe.
La 1ère Guerre Mondiale :

Dans les années 1914, Mehmed V finit par former son gouvernement avec des membres des Jeunes Turcs : Enver Pacha (1881-1922) est nommé ministre de la Guerre, Djamal Pacha (1872-1922) ministre de la marine et Talat Pacha (1874-1922) ministre de l’Intérieur. Ces ministres dirigent l’Empire de façon autoritaire et prennent les pires décisions. Sans le consentement du Sultan, ils font entrer l’Empire dans la 1ère Guerre Mondiale aux côtés de l’Axe. Suite aux défaites contre les Russes, ils vont commettre l’un des pires crimes du XXème siècle : le génocide de la communauté arménienne à partir de l’année 1915. En 1916 a lieu la signature du Traité Sykes-Picot, qui prévoit le démantèlement de l’Empire et le partage du monde arabe entre les puissances occidentales pour le monopole du pétrole. En 1918, contrairement à ce que pensaient les Jeunes Turcs, les forces de l’Axe sont défaites. Le partage du Traité Sykes-Picot devient effectif. Il ne reste plus à Mehmed V que ses terres anatoliennes. C’est cette même année qu’il décède. C’est aussi la fin du régime des Jeunes Turcs. C’est son frère qui va accéder au trône sous le nom de Mehmed VI.
L’Implosion :

Autant dire que Mehmed VI n’a aucun réel pouvoir. Il est contraint d’accepter la mise en place d’un gouvernement favorable à la Triple-Entente et à l’invasion de Constantinople par les troupes de cette dernière. Il va même accepter de signer le Traité de Sèvres le 10 août 1920 qui va définitivement limiter l’Empire aux terres désertiques qui composent l’Anatolie. Ce traité est mal accepté par les anciens membres des Jeunes Turcs qui vont trouver un champion en la personne de l’ancien aide de camp de Mehmed VI, un certain général Mustafa Kemal. Depuis l’Anatolie, il va mener une résistance face aux puissances occidentales et à l’été 1922, cette résistance va payer étant donné que les puissances occidentales seront totalement vaincues. Réfugié dans son palais, Mehmed VI n’a pas d’autre choix que de quitter son pays le 17 novembre 1922 et s’exile en Italie où il mourra en 1926. Le 29 octobre 1923, Mustafa Kemal abolit le Sultanat et déplace la capitale à Ankara où il fondera la République Turque dont il deviendra le 1er Président sous le nom d’Atatürk (« père des turcs »). Il va abolir le califat en 1924. C’est la fin de l’Empire Ottoman.



Commentaires