La Conquête du Mexique
- Ilias B.
- 30 juin 2020
- 8 min de lecture
Il y a 500 ans, jour pour jour, se déroulait une des plus grandes conquêtes que l’Histoire ait jamais connues, celle du Mexique. Une petite troupe composée d’une centaine de soldats espagnols a réussi à mettre à genoux le plus grand empire d’Amérique Centrale. Revenons sur l’Histoire de cette conquête hors du commun.
L’Expédition :
Pour comprendre la conquête du Mexique, il faut bien reconstituer le contexte. Le début du XVIème siècle est la période des Grandes Découvertes (j’y consacrerai un article). Chaque puissance européenne désire avoir un empire colonial. Le plus grand empire colonial est celui de l’Empereur du Saint-Empire Romain Germanique et Roi d’Espagne Charles Quint, qui s’étend sur pratiquement tout le jeune continent américain qui vient d’être découvert.
C’est dans ce contexte de colonisation qu’en 1511, le conquistador Diego Velasquez (à ne pas confondre avec le peintre) conquiert l’île de Cuba et en devient le gouverneur. Parmi les proches de Velasquez, se trouve un homme du nom d’Hernan Cortés. Grâce à son influence, celui-ci est désigné comme maire de la ville de Santiago de Cuba.

Cortés est très ambitieux et bientôt, sa grande fortune ne lui suffit plus. Il sent qu’il est possible de créer une colonie encore plus grande à l’intérieur des terres. En entendant les récits d’immenses richesses rapportés par les voyageurs revenant de l’actuel Mexique, Cortés s’emballe. Il décide de monter une expédition et y parvient grâce à Velasquez. Mais ce-dernier, voyant la trop grande ambition de Cortés, commence à douter. Cortés, pressentant que Velasquez veut changer d’avis, prend les devants et quitte le port de Santiago de Cuba le 18 novembre 1518 pour faire escale à la Havane afin de trouver plus de ressources pour l’expédition. Cortés et ses navires quittent le port de La Havane le 10 février 1519. L’équipage se compose d’à peu près 600 hommes, des chevaux et des armes à feu pour soumettre les populations locales (ça commence bien). La mission de Cortés est simple : ramener toutes les richesses trouvées sur place, nouer des liens commerciaux avec les locaux et rien de plus. Et c’est ainsi qu’il fait cap sur le Mexique.
L’Arrivée :
Cortés débarque le 23 avril 1519 près de l’actuelle ville de Veracruz dans le Yucatan. En chemin, il rencontre Geronimo de Aguilar, un naufragé espagnol réduit en esclavage par les populations mayas. Cortés le recrute comme interprète. Aguilar est extrêmement utile à l’expédition car le fait qu’il parle la langue des Mayas permet de nouer des alliances avec des chefs mayas.
La 1ère chose que fait Cortés avec les Indiens, c’est logiquement de les évangéliser et de détruire leurs temples et leurs idoles. Ces actions sont très mal vues par certaines ethnies mayas qui résistent aux nouveaux venus. Les affrontements avec les Mayas ont lieu dans la région de Tabasco. Mais les Espagnols s’imposent très vite avec leurs armes à feu et soumettent les populations hostiles.
C’est au cours d’une négociation avec les Mayas que Cortés fait l’acquisition d’une alliée de poids dans la découverte du Nouveau-Monde :

la Malinche. D’abord esclave des Mayas, elle est offerte aux Espagnols, à qui elle est utile du fait qu’elle parle plusieurs langues dont la langue du peuple Aztèque, langue que Aguilar ne parle pas. Elle possède aussi une grande beauté qui conduit Cortés à en faire sa compagne. Grâce à elle, les Espagnols sont en mesure de nouer une alliance avec les Aztèques qui dominent une très grande partie du Mexique actuel avec leur empire. Un premier contact s’établit avec les dignitaires Aztèques. Ce premier contact permet à Cortés de se faire une idée des richesses de l’Empire et surtout de connaître l’identité de l’Empereur Aztèque, Moctezuma II.
Pendant l’été 1519, Cortés décide de construire une 1ère ville pour avoir un pied-à-terre sur le territoire mexicain. C’est comme ça que nait la ville de Veracruz. Mais Cortés doit faire face à la résistance de certains de ses hommes qui sont toujours fidèles au gouverneur Velasquez. Pour dissuader ceux qui seraient tentés de partir, Cortés met le feu à la quasi-totalité de sa flotte, obligeant ainsi ses hommes à le suivre plus loin dans les terres. Il envoie aussi les 2 navires restants en Espagne pour légitimer ses actions auprès de l’Empereur Charles Quint. Cortés s’enfonce toujours plus dans les terres avec ses hommes en direction vers l’Ouest. Son but : atteindre Tenochtitlan, la capitale des Aztèques et lieu de résidence de l’Empereur. En chemin, il doit se heurter à de nombreuses embuscades du peuple Tlaxcaltèque. Cortés décide de leur proposer une alliance car il sait que les Tlaxcaltèques sont les pires ennemis des Aztèques et qu’ils peuvent représenter des alliés de poids si un conflit éclate avec les Aztèques. Au début, ces-derniers refusent et lancent une attaque qui manque de peu d’exterminer les Espagnols.

Après les avoir soumis, Cortés leur impose une alliance que les Tlaxcaltèques acceptent après avoir bien réfléchi. Au passage, Cortés réussi à convaincre un autre peuple, les Totonaques, d’entrer en rébellion contre les Aztèques. Même s’il entretient un bon rapport avec les émissaires Aztèques, Cortés se montre brutal avec les Indiens en mettant le feu à la ville Aztèque de Cholula et en massacrant sauvagement des dizaines de milliers d’habitants. Cortés rasât la ville et fit construire une église sur les ruines du sanctuaire de la ville.

Moctezuma hésite à intervenir pour punir les exactions de Cortés. En effet, les Aztèques croient en une très vieille légende qui raconte que leur dieu bienfaiteur, Quetzalcóatl, doit revenir de l’Est sur de grands bâtiments flottants sur l’eau et qu’il monterait des cerfs étranges à un moment du calendrier aztèque appelé « l’Année des roseraies ». Or Cortés remplit tous les critères : il est arrivé de l’Est avec ses navires, il monte régulièrement son cheval et il arrive justement l’Année des roseraies.
Finalement, la rencontre entre Moctezuma et Cortés a lieu le 8 novembre 1519 aux portes de Tenochtitlan. Les chroniqueurs racontent que Moctezuma offrit un joyau en or et pierres précieuses à Cortés et que celui-ci lui offrit en échange un collier en perles de verre.
La Conquête :
Moctezuma met à disposition de Cortés et ses hommes un palais au cœur de la ville. Les Espagnols s’empressent de construire une chapelle à proximité. Il faut dire que Cortés domine Moctezuma par la peur et domine ainsi l’Empire Aztèque. Quelques chefs Aztèques se soulèvent mais ils sont vite capturés, déportés à la capitale et brûlés vifs devant un Moctezuma et une population impuissante.
En 1520, Cortés oblige les principaux chefs de guerre Aztèques à prêter allégeance à la couronne d’Espagne. Non seulement ça ne pourrait que légitimer encore plus son action auprès de Charles Quint, mais ça peut aussi assurer sa sécurité et celle de ses hommes en cas de rébellion de la part des Aztèques. Finalement, il prend Moctezuma en otage et le force à résider dans son palais.
Mais rapidement, Cortés rencontre un problème : si Charles Quint le soutient dans son projet de fonder une colonie, le gouverneur Velasquez n’a toujours pas digéré la fuite de Cortés. Il envoie contre lui une autre expédition de 18 navires sous le commandement du capitaine Panfilo de Narvaez. Cortés part donc à la rencontre de Narvaez avec une partie de ses troupes et laisse le commandement des troupes restées à Tenochtitlan à son bras-droit, Pedro Alvarado. Finalement, Cortés ne fait qu’une bouchée de Narvaez et le fait prisonnier lors d’une embuscade à proximité de la rivière Canoa. Il finit par convaincre les hommes de Narvaez de se joindre à lui. Grâce à ce coup de force, la troupe que dirige Cortés contient à peu près 1000 hommes.

Mais en arrivant à Tenochtitlan, Cortés découvre que la situation n’est plus à leur avantage : en effet, pendant une célébration festive, Alvarado et ses hommes massacrent sauvagement et sans raison apparente une bonne partie de la population qui était venue pour s’amuser. Cet incident grave provoque la haine des Aztèques à l’égard des troupes espagnoles et leur palais est pris d’assaut par la population en colère. Cortés vient vite en renfort mais quand il arrive, les rues sont désertes. En réalité, si les Aztèques sont furieux envers Alvarado, ils croient en la bonne foi de Cortés. Mais le discours du conquistador est loin d’être pacifiste. Ce que Cortés ne sait pas, c’est que les Aztèques ont appris à comprendre la langue espagnole. La rumeur de la trahison de Cortés est lancée et des soulèvements ont lieu. Des pluies de pierres et de flèches s’abattent régulièrement contre son palais.
Finalement, les espagnols font intervenir l’Empereur Moctezuma pour qu’il calme son peuple. Si, au début, la population prend le temps d’écouter son dirigeant, très vite, les pierres et les flèches recommencent à pleuvoir. A partir de là, les versions de l’Histoire divergent : selon les sources espagnoles, une pierre a heurté Moctezuma à la tête et l’a tué et selon les sources Aztèques, c’est Cortés qui l’aurait tué en voyant qu’il ne pouvait plus lui servir à rien.
Quoi qu’il en soit, Cortés doit se rendre à l’évidence : lui et ses hommes doivent fuir la cité. Avant de partir, ils se servent dans le trésor des Aztèques dont 1/10ème est envoyé à Charles Quint. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1520, profitant d’une coutume locale qui interdit de combattre

à la nuit tombée, Cortés et ses hommes s’enfuient en emportant leur butin. La fuite est compliquée par le fait que les Aztèques ont coupés les pont-levis qui permettaient d’entrer ou de sortir de Tenochtitlan. Au moment où les Espagnols réussissent à reconstruire un pont pour passer, les Aztèques surgissent soudainement de toutes parts et les massacrent. Ce massacre est facilité par le fait qu’à cause de la nuit noire, les Espagnols n’arrivent pas à viser correctement avec leurs armes à feu. Des milliers de soldats coulent au fond de l’eau et d’autres sont capturés puis sacrifiés un peu plus tard. Cortés lui-même a failli y laisser sa vie. Ce carnage est connu sous le nom de la « Noche Triste » (la Nuit Triste).
Après être sorti de la ville, Cortés rassemble le reste de ses troupes dans le petit village de Tacuba mais presse le pas car les Aztèques sont toujours à leur poursuite. Les soldats sont affamés, la marche est rude et la situation est catastrophique jusqu’au 7 juillet 1520. Ce jour-là, les troupes espagnoles atteignent la plaine d’Otumba et découvrent qu’une armée composée de dizaines de milliers de guerriers Aztèques les attendent pour les massacrer. Les soldats pensent d’abord à rebrousser chemin mais Cortés refuse et ordonne à ses troupes l’impensable : foncer tête baissée vers les troupes ennemies. Et là miracle : Cortés, avec une vingtaine de cavaliers, met en déroute totale l’armée Aztèque. Cette victoire serait due aux chevaux qui auraient effrayé les guerriers Aztèques, ces derniers ne s’étant toujours pas habitués à l’animal.

Cortés et ses troupes finissent par atteindre la ville de Tlaxcala et de là, ils marchent vers Tenochtitlan. Le siège dure 75 jours. Pendant ce siège, l’empereur Aztèque Cuitlahuac meurt de la variole, importée par les Espagnols. Cortés pilonne les murailles de la ville à coup de canon jusqu’à ce que, le 13 août 1521, il s’empare de la ville. Le dernier empereur Aztèque, Cuauhtémoc, est pendu le 28 février 1525.
Cortés est officiellement blanchi pour sa trahison envers Velasquez par la Couronne d’Espagne et se fait même nommer gouverneur de cette nouvelle colonie appelée « Nouvelle-Espagne ». Les Aztèques sont contraints de raser le Grand Temple de Tenochtitlan sur lequel est bâtit une Cathédrale et Tenochtitlan change de nom : elle devient Mexico.
Bilan :

Le bilan de la Conquête du Mexique est dramatique pour le jeune continent américain : on estime qu’au début de la Conquête, l’Empire Aztèque avait une population d’au moins 25 millions d’habitants et au début du XVIIème siècle, on estime qu’il restait moins d’1 million d’Aztèques en vie. La moitié de la population Aztèque est morte victime des massacres des Espagnols et de l’esclavage et l’autre moitié a été décimée par la Variole, apportée par les Conquistadors.



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