La Dynastie des Julio-Claudiens
- Ilias B.
- 9 juin 2020
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A l’occasion du 1952ème anniversaire de la mort de l’empereur Néron et par la même occasion de la disparition de la dynastie des Julio-Claudiens, je voulais revenir sur l’Histoire de la 1ère dynastie impériale de Rome, sur la vie et la mort des 4 premiers empereurs de Rome.
Les débuts :
Pour comprendre l’Histoire des 1ers empereurs romains, il faut remonter le 15 mars de l’année 44 av. J.-C. C’est cette année-là que l’homme le plus puissant de Rome, Jules César, est assassiné de 23 coups de couteaux par des sénateurs.
Dans son testament, il partage sa fortune entre Marc-Antoine, son lieutenant et ami de toujours, et son petit-neveu Octave, qui devient aussi son fils adoptif par volonté testamentaire. Les 2 hommes font alliance pour pourchasser les 2 têtes pensantes du complot contre César, Cassius et Brutus. Ils auront l’occasion de se venger en remportant contre eux la bataille de Philippes en Grèce, en 42 av. J.-C. Cassius et Brutus n’auront d’autre choix que de se suicider pour leur échapper.

Mais très vite, les 2 anciens alliés deviennent des rivaux. Leur relation se dégrade encore plus avec l’histoire d’amour entre Marc-Antoine et Cléopâtre. Finalement, les 2 hommes entrent en guerre l’un contre l’autre. Octave prend très vite l’avantage car, suite à sa relation avec la reine d’Égypte, Marc-Antoine a perdu ses soutiens. Finalement, Octave remporte la bataille navale décisive d’Actium en 31 av. J.-C.
Suite à leur défaite, Marc-Antoine et Cléopâtre mettent tous les deux fin à leur vie. A Rome, Octave devient très populaire suite à sa victoire. Il devient vite le maître de la ville et finalement, en 27 av. J.-C, il devient le 1erempereur de Rome sous le nom d’Auguste, ce qui signifie « vénérable » en latin.
Le règne d’Auguste (27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.) :
Dès le début de son règne, Auguste se prétend le serviteur des institutions romaines comme le Sénat et prétend ne pas vouloir le pouvoir absolu. Mais grâce à cette habile manœuvre politique, il finit par acquérir le pouvoir absolu sans être vu comme un tyran.
Mais malgré tout, le règne d’Auguste est considéré par les historiens comme l’âge d’or de la

civilisation romaine. Sous son règne, l’Empire Romain s’étend de la Péninsule Ibérique jusqu’en Syrie en passant par la Gaule, l’Italie, la région du Rhin, la Grèce, l’Asie Mineure (l’actuelle Turquie) et les plaines d’Afrique du Nord. C’est aussi pendant son règne que le savoir-faire des Romains en matière d’architecture et d’art se développe, comme avec la Maison Carrée à Nîmes, le Forum d’Auguste à Rome et la rédaction de « l’Énéide » par Virgile, le poète attitré d’Auguste. Auguste déclara lui-même : « J’ai trouvé une Rome de brique et j’ai laissé une Rome de marbre. ». Cet âge de paix dura 40 ans.
Mais la fin de son règne est assez agitée. Pour renforcer son pouvoir, il divorce de sa 1ère femme et épouse Livia Drusilla, un membre de la famille des Claudiens, une riche famille aristocratique, rivale de la famille d’Auguste, les Juliens. C’est de là d’où vient le nom de dynastie « Julio-Claudienne ». Livia a la réputation d’être manipulatrice et … comploteuse. Elle est prête à tout pour faire monter son fils Tibère, issu de son 1ermariage, sur le trône. Elle convainc d’abord Auguste d’en faire son fils adoptif. En 23 av. J.-C., un drame va jouer en sa faveur : la mort de Marcellus, le neveu favori d’Auguste, par empoisonnement. Cette mort tragique est suivie de près par les morts de Caïus et Lucius, les petits-fils d’Auguste. Évidemment, les regards se sont tournés vers Livia mais sans preuve, l’affaire se tasse. Auguste nomme Tibère son héritier légitime (à contrecœur) mais à une condition : Tibère devra adopter Germanicus, le neveu d’Auguste et le nommer son héritier légitime à la place de son fils naturel, Drusus. Par ce marché, Auguste s’assure que c’est un Julien qui prendra les rênes de l’Empire. Il nomma aussi son 3ème petit-fils, Agrippa Postumus, cohéritier avec Tibère. Mais Auguste nourrissait une telle aversion pour son petit-fils, qui était grossier et arrogant, qu’il finit par l’envoyer en exil en l’an 6 ap. J.-C. Mais Agrippa mourut brusquement de manière suspecte. Livia fut évidemment soupçonnée.
Finalement, en l’an 14 ap. J.-C, Auguste s’éteint dans sa maison de campagne à Nola, près de Naples. Ses derniers mots sont : « Acta est fabula » (« la pièce est jouée »). Une rumeur prétend que Livia serait une veuve noire.
Le règne de Tibère (14-37) :
Avec l’avènement de Tibère au pouvoir, c’en est fini de l’âge d’or d’Auguste. Le nouvel empereur est craint et détesté de tout le monde, y compris de son armée. Si bien qu’une mutinerie éclate chez les légions postées le long du Rhin. Finalement, il prend la décision d’envoyer Germanicus, son fils adoptif, mater cette mutinerie.

Germanicus est un héros de guerre et il est adoré par l’armée, tout comme sa femme, Agrippine l’Ancienne et son fils Caïus, que les soldats s’amusaient à surnommer « Caligula » (« petite sandale » en latin) car ils lui fabriquèrent une armure miniature avec de petites sandales. Germanicus remarque cela et s’en sert à son avantage : il demande à sa femme et son fils de quitter le camp. Les soldats le supplient tellement pour qu’il les fasse revenir que Germanicus promet de leur accorder cette requête si les meneurs de la mutinerie lui sont livrés. C’est ainsi que prend fin la révolte du Rhin.
Mais Tibère devient méfiant et voit de plus en plus Germanicus comme une menace. En l’an 19, Tibère envoie Germanicus en Syrie pour rendre visite à Pison, le gouverneur de Syrie. Peu après, Germanicus décède brutalement, de façon mystérieuse. Les rumeurs d’assassinat se répandent vite et on accuse vite Pison d’avoir empoisonner Germanicus sur ordre de l’Empereur.
Sous la contrainte d’Agrippine et du peuple, Tibère tente de poursuivre Pison en justice, mais ce-dernier se suicide avant que ne commence le procès. Finalement, il fait exiler Agrippine l’Ancienne en l’an 29 et suite à cet exil, elle meurt de faim.
Mais rapidement, c’est au tour de Drusus, le fils de Tibère, de mourir mystérieusement. Tibère apprend rapidement la chose suivante : c’est Séjan, le chef de la garde prétorienne (la garde rapprochée de l’empereur) qui est responsable de la mort de son fils. Pire, il complote même contre lui. Tibère ordonne alors au Sénat de le condamner à mort, ce qui est fait.
Vers la fin de sa vie, Tibère s’installe dans sa villa sur l’île de Capri. Il finit par trouver d’autres façons de tuer le temps que de comploter contre ses ennemis. Outre ses études, il organise régulièrement dans sa villa des orgies avec des jeux particulièrement pervers qu’il aime pratiquer avec des mineurs. Il prend aussi un malin plaisir à précipiter ses ennemis depuis les falaises qui bordent sa villa.
Mais Tibère se rend compte qu’il a liquidé tous ses héritiers potentiels. Il décide donc de nommer Caligula, le fils de Germanicus, son héritier.
Le règne de Caligula (37-41) :
Une fois arrivé à Capri, le jeune homme prit part aux exactions de l’empereur. En l’an 37 av. J.-C, Tibère mourut. On raconte que Caligula aurait ordonné au nouveau chef de la garde prétorienne de l’étouffer dans son sommeil avec un coussin. Le nom du chef de la garde prétorienne était Macron (ça ne s’invente pas).

Quoi qu’il en soit, Caligula rentra à Rome, acclamé comme un héros. Il se rendit très populaire en rappelant d’exil certains nobles bannis par Tibère, en baissant les impôts et en brûlant les registres que Tibère avait compilés sur chaque citoyen romain.
Mais quelques mois après son accession au pouvoir, Caligula fut atteint d’une grave maladie dont il faillit mourir. Dès qu’il fut rétabli, on constata un changement au niveau mental : l’empereur populaire s’était transformé en fou sanguinaire.
Il commença par faire passer des lois aussi absurdes les unes que les autres. Par exemple, suite à sa maladie, il était devenu prématurément chauve. Depuis, regarder le crâne impérial, même par inadvertance, ou prononcer le mot « chèvre » en présence de l’empereur était passible de mort. Ou encore, l’anecdote la plus célèbre est quand il fit nommer son cheval Incitatus consul.
D’autres sources racontent qu’il prétendait qu’il allait envahir la Bretagne, mais qu’une fois arrivé sur la plage, il aurait ordonné aux légionnaires de ramasser des coquillages et de rentrer à Rome. Il aimait aussi se comparer à Jupiter et défilait tout le temps avec sa tenue. Bien évidemment, il serait trop long d’énumérer le nombre de crimes affreux qu’il commit. On raconte qu’il aimait torturer et faire écorcher ses prisonniers alors qu’il était à table avec des convives ou encore qu’il ordonnait aux gladiateurs d’enlever leurs protections pour « pimenter » les combats.
Les nobles, pour s’attirer ses bonnes grâces, le notaient dans leur testament. Caligula faisait alors ce à quoi on s’attendit : il accéléra leur mort. C’est comme ça qu’il remplissait les caisses de l’État.
Il était aussi très friand de procès pour trahison, comme Tibère, car ce que les Romains ne savaient pas, c’est qu’avant de brûler les dossiers secrets de Tibère, Caligula en avait fait faire des copies.
Mais heureusement le destin finit par le rattraper. Le 24 janvier de l’an 41, après 4 ans de règne, alors qu’il prenait un souterrain pour rentrer dans son palais, Caligula fut assassiné d’une trentaine de coups de couteaux par des membres de sa propre garde dont il avait pris l’habitude de se moquer. Pour faire bonne mesure, les gardes tuèrent aussi sa femme et sa fille.
Le règne de Claude (41-54) :
A la mort de Caligula, c’est son oncle Claude qui hérita du trône. Les chroniqueurs racontent qu’il était tellement terrorisé à l’idée de finir comme les membres de la famille royale qu’il se cacha derrière un rideau. C’est là que les prétoriens le découvrirent et le nommèrent empereur.

Il faut dire que Claude n’avait pas l’étoffe d’un empereur : il est décrit comme simple d’esprit, à la santé médiocre et certaines sources affirment aussi qu’il était bègue. Mais il se montra particulièrement efficace : en voyant ce qui fut arrivé à Caligula et à sa famille, il doubla sa garde et améliora son réseau d’espions. Pas moins de 6 complots furent déjoués sous son règne.
De nombreuses anecdotes drôles circulent sur son compte : on dit qu’il avait la fâcheuse habitude d’oublier qui il avait fait condamner. Il demandait souvent à ses serviteurs de lui rappeler qui il avait fait exécuter et pourquoi. Il avait aussi, dit-on, l’habitude de s’endormir et de ronfler pendant les banquets jusqu’à ce que les invités le réveillent à coup d’olives et de dattes.
Son règne est marqué par une expansion de l’Empire et surtout par la conquête de la Bretagne en l’an 43.
Il n’y aurait rien sans doute rien à redire sur le règne de Claude s’il n’avait pas des choix aussi désastreux en terme de mariage. Ses 2 premiers mariages se soldèrent par un divorce et son 3ème mariage avec Valéria Messalina, dite Messaline, fut le plus désastreux de tous. Messaline multipliait les aventures extra-conjugales et Claude fermait les yeux sur ses infidélités. Mais en l’an 48, elle dépassa les bornes : elle se remaria en secret avec un riche romain influant et ensemble, ils complotèrent contre Claude. Claude le découvrit, fit tuer le 2nd mari et poussa Messaline au suicide. Comme elle s’y refusait, les gardes prétoriens l’y aidèrent. Claude participait à un banquet quand on lui apprit la mort de Messaline. Son seul commentaire fut : « passez-moi le vin. ».
Finalement il se maria avec sa propre nièce, Agrippine la Jeune. Celle-ci, qui avait une réputation de manipulatrice, persuada Claude de faire du fils qu’elle avait eu d’un 1er mariage, Néron, son héritier au détriment de Britannicus, le fils biologique de Claude. Elle le persuada aussi de marier Néron à sa fille, Octavie. Finalement, Claude décéda brutalement vers la fin de l’an 54. Certains soupçonnent Agrippine de l’avoir empoisonné.
Le règne de Néron (54-68) :
Pour commencer, précisons que les textes antiques sur Néron sont à prendre avec des pincettes. La vie de Néron nous est parvenue grâce à 3 auteurs antiques : Tacite, Suétone et Dion Cassius. Or, Tacite n’était qu’un enfant à la mort de Néron, Suétone n’était même pas né et quant à Dion Cassius, il vécut un siècle après Néron.

Les 1ères années du règne de Néron furent florissantes. Il était guidé par son mentor, l’un des plus grands philosophes de l’époque, Sénèque. Mais il vivait dans l’ombre de sa mère. Cependant, en l’an 55, Néron et sa mère ne s’entendirent plus. Agrippine menaça alors Néron de le détrôner et de mettre à sa place son frère adoptif Britannicus. Néron prend alors les devants et le 11 février 55, Britannicus décède soudainement au cours d’un banquet. Inutile de vous dire qui fut soupçonné.
Rapidement, sa mère devint une menace pour lui. Il prit la décision de la faire disparaître. Après avoir essayé de l’empoisonner et de la noyer, il la fit assassiner par ses gardes en l’an 59. Ensuite, il divorça de son épouse, Octavie, et la fit exiler. Comme si ça ne suffisait pas, il la fit tuer par ses gardes et apporta sa tête à sa maîtresse, Poppée. Il finit par épouser cette dernière avant qu’elle ne mourut d’une fausse couche.
En l’an 64, survint le Grand Incendie de Rome, la plus grosse catastrophe du règne de Néron. Près de la moitié de la ville fut détruite. Néron relogea une grande partie de la population mais fit construire un gigantesque palais sur les quartiers détruits de Rome.
Par la suite, Néron accusa « une petite secte obscure » originaire de l’Est de l’Empire, les Chrétiens, d’être à l’origine de l’Incendie. Commença alors la Grande Persécution de 64.
On dit que St Pierre et St Paul, les pères fondateurs de l’Église Chrétienne, furent tués dans cette persécution. Les purges s’intensifièrent en 65, alors que Néron découvrit que Pison, un riche aristocrate romain, fomentait un complot contre lui. Il alla même jusqu’à pousser Sénèque au suicide.
Dans le même temps, il se découvrit une passion pour le métier d’acteur et en 67, il fit le tour de la Grèce pour exposer son talent. Mais pendant ce temps, des émeutes éclatèrent à Rome.
Finalement, Néron fut déclaré « ennemi public » par le Sénat et fut pourchassé. Il finit par trouver refuge dans une maison dans la campagne de Rome. C’est là qu’il se suicida le 9 juin 68 en se tranchant la gorge. Ses derniers mots sont à la hauteur de son orgueil démesuré : « Qualis Artifex Pereo » (« Quel grand artiste périt avec moi »).
Avec la mort de Néron, c’est la fin de la dynastie des Julio-Claudiens.



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