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La Guerre Civile du Liban (1975-1990)

  • Photo du rédacteur: Ilias B.
    Ilias B.
  • 2 juin 2021
  • 8 min de lecture

L’année 1990 a vu la fin de la Guerre Civile du Liban, l’un des conflits les plus sauvages et les plus meurtriers de l’histoire du XXème siècle. Mais comment le pays des Cèdres a pu être embarqué dans un conflit aussi violent et aussi destructeur ? Quelles sont les causes du conflit et quels en sont ses impacts aujourd’hui ? C’est ce que je vous propose de découvrir dans cet article.



Le tumulte avant la tempête :



carte ethnique du Liban

Pour comprendre la Guerre Civile Libanaise, un petit retour en arrière s’impose : de tous temps le Liban a été un pays colonisé, d’abord par l’Empire Romain, ensuite par l’Empire Omeyyade, puis par l’Empire Abbasside. Mais la palme de la plus longue colonisation du Liban revient à l’Empire Ottoman, à partir de 1516/1517.

Le Liban lui-même était divisé en 14 provinces, toutes dirigées par un émir ou un cheikh, qui devaient verser un impôt aux Ottomans (c’était leur manière de montrer leur allégeance). Ces 14 territoires formaient ce qu’on appelait alors le Petit Liban (ou Émirat du Mont-Liban). Tous ces émirs et ces cheikhs étaient de confessions religieuses différentes car il faut dire que le Liban est un véritable carrefour culturel et religieux : s’y côtoient des communautés de chrétiens maronites, de grecs catholiques, de grecs orthodoxes et de musulmans sunnites, chiites et druzes (une branche du Chiisme ismaélien). Malgré leurs différences, ces communautés partagent une même langue (l’Arabe) et possèdent des points communs culturels comme la gastronomie. Parfois, ces communautés vivent dans les mêmes quartiers et se côtoient tous les jours.



Expédition française en Syrie (1860)

Mais des tensions apparaissent entre ces communautés quand il s’agit de politique, notamment entre les Druzes et les Maronites. Les tensions augmentent encore plus quand le Liban devient un lieu d’affrontement entre la France et de l’Angleterre. Les 2 puissances instrumentalisent les communautés libanaises pour parvenir à leurs fins (la France soutient militairement les Maronites et les Anglais soutiennent militairement les Druzes). Cette situation provoque même des massacres. En 1860, la France est même obligée d’intervenir militairement pour protéger les Maronites, qui se font massacrer par les Druzes. Les grandes puissances occidentales (France, Angleterre, Empire Austro-Hongrois, Russie et Prusse) forcent même l’Empire Ottoman à placer le Petit Liban (excepté Beyrouth) sous mandat international en 1861. Finalement, l’Empire Ottoman est démantelé en 1919, à la fin de la 1ère Guerre Mondiale. La toute jeune Société Des Nations (SDN) délimite les frontières actuelles des pays du Moyen-Orient, qui sont placés sous mandats occidentaux : la Palestine, la Jordanie et l’Irak sont sous mandat britannique et la Syrie est sous mandat français.


La France divise la Syrie en 5 régions et former avec l’une d’elles un État politiquement autonome basé sur les liens avec les communautés maronites. Ainsi naît l’État du Liban (également appelé Grand Liban) le 1er Septembre 1920. En 1932, un recensement est effectué : on estime qu’il y a 4 millions de Libanais présents dans leur pays et 6 millions à travers le reste du monde. Il n’y aura alors plus de recensement.

Indépendance du Liban

Le 22 novembre 1943, le pays obtient son indépendance de la France. Un Pacte National est alors conclu pour la répartition du pouvoir selon l’équilibre démographique recensé en 1932 (c’est pour cela qu’il n’y a plus de recensement au Liban) : comme les Maronites sont plus nombreux, ce sera obligatoirement un Maronite qui accèdera à la présidence de la République, tout comme le poste de 1er ministre doit être obligatoirement pris par un Sunnite et que le poste de Président de l’Assemblée Nationale doit être pris par un Chiite.


Le Liba est un des membres fondateurs de la Ligue Arabe le 22 mars 1945.

En 1948, l’État d’Israël est créé. Le Liban est un des 1ers pays à s’engager dans la 1ère Guerre Israélo-arabe. La défaite du monde arabe a des répercussions sur le Liban : tout d’abord la Nakba, c’est-à-dire l’exode de plus de 10 000 Palestiniens chassés de leur pays vers le Liban, la Syrie et la Jordanie. Ensuite, de nombreuses bases militaires palestiniennes voient le jour sur le sol libanais.

Après la défaite de la Guerre des Six-Jours en 1967, le sud du Liban devient une des principales zones de concentration de fedayins palestiniens qui combattent à la frontière avec Israël. La présence des Palestiniens est légalisée en 1969 avec les Accords du Caire. En 1970, le Liban devient le QG de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), présidée par Yasser Arafat, suite aux événements du Septembre Noir en Jordanie. Les ennuis commencent …




La guerre (1975-1990) :


Un certain nombre de partis politiques et d'ethnies comme les Druzes et certains chrétiens sympathisent avec la cause palestinienne. Mais l'OLP ne s'est pas fait que des amis au Liban : il doit notamment faire face aux Phalanges Libanaises, un groupe de fascistes chrétiens maronites qui a fait alliance avec Israël et qui cherche à désarmer et expulser les palestiniens.

Le 13 avril 1975, Pierre Gemayel, le chef des Phalanges, inaugure une église dans la banlieue de Beyrouth. Soudain, une fusillade éclate. Gemayel est blessé et son garde du corps est tué. L'attentat semble avoir été organisé par le PSNS, un groupe néonazi libano-syrien mais les Phalangistes se vengent sur les Palestiniens en mitraillant un bus de réfugiés, tuant 27 personnes. Les affrontements entre les Phalanges et les Palestiniens s'intensifient.


la Ligne Verte

En octobre 1975, la guerre en est déjà à son 10ème cessez-le-feu. La spirale infernale a été enclenchée. Le conflit se poursuit sous forme de guérilla urbaine. Les différents groupes chrétiens et musulmans s'affrontent à coup de kalachnikovs et de roquettes dans les rues. Beyrouth, la capitale libanaise, est séparée en 2 par une ligne de démarcation appelée la Ligne Verte : les Chrétiens habitent Beyrouth-Est tandis que les Musulmans résident dans Beyrouth-Ouest. Les Phalangistes s'en prennent surtout à des camps de réfugiés comme en décembre 1975, lorsqu'ils massacrent 600 musulmans après la mort de 3 de leurs compagnons tués à la hache. En réponse, les Palestiniens massacrent les habitants chrétiens de la ville de Damour en janvier 1976.


Dès le début de l'année 1976, la Syrie s'impose comme le médiateur du conflit. Pour quelles raisons ? Tout d'abord, le gouvernement syrien craint que la communauté chrétienne du Liban se rallie à Israël. De plus, la Syrie redoute qu'Israël envahisse son territoire en passant par le Liban. Enfin, les Syriens ont très mal digéré qu'une partie de leur territoire leur ait été amputée au profit du Liban pendant la colonisation française et le président syrien Hafez Al-Assad rêve d'une Grande Syrie qui engloberait le Liban.

Toujours est-il que, dès le 6 juin 1976, l'armée syrienne envahit le nord du Liban et arrive à Beyrouth le 15 novembre 1976. L'arrivée de l'armée syrienne calme pour un temps le conflit mais en moins d'un an, 65 000 personnes sont tuées. Un sommet est organisé à Riyad en Arabie Saoudite pour calmer la situation. La FAD (Force Arabe de Dissuasion) est créée à cet effet.


Mais, même si la guerre civile s'apaise, les minorités chrétiennes se battent contre l'armée syrienne, les considérant comme des envahisseurs. En 1978, Beyrouth est partiellement détruite par les bombes syriennes.


Opération "Paix en Galilée" (1982)

En mars 1978, l'affaire se corse davantage : suite à un échange de tirs de roquette entre l'OLP et Tsahal à la frontière israélienne, l'État Hébreux a envahi tout le sud du Liban jusqu'à la rivière Litani. Après quelques semaines de combats, Israël se retire du Sud Libanais, laissant le contrôle de la région à l'Armée du Liban Sud, une milice chrétienne entièrement soumise aux intérêts israéliens.

En juin 1982, des Palestiniens tentent d'assassiner l'Ambassadeur d'Israël à Londres. L'OLP n'a aucun lien avec l'attentat mais Israël prend l'incident comme casus bellis. Le 6 juin 1982, l'opération "Paix en Galilée" est déclenchée. Les troupes israéliennes, dirigées par le ministre israélien de l'Intérieur Ariel Sharon, vont jusqu'à Beyrouth pour déloger l'OLP et encerclent la ville à partir du 14 août, aidées par les Phalanges Libanaises. Le 21 août 1982, l'OLP quitte Beyrouth. Les réfugiés palestiniens se retrouvent vulnérables.


C'est là qu'intervient l'épisode le plus violent de la Guerre du Liban. Le 14 septembre 1982, une bombe explose et tue Bachir Gemayel, président de la République du Liban et chef des Phalanges Libanaises. On n’a jamais su qui a commandité l'attentat mais toujours est-il que ce sont les réfugiés palestiniens qui ont été blâmés.

Dans la nuit du 16 septembre 1982, les Phalangistes s'introduisent dans les quartiers miséreux de Sabra et Chatila , à l'Ouest de Beyrouth, encerclés par les troupes israéliennes. Pendant 3 jours, les Phalangistes violent et tuent des milliers de palestiniens à l'arme automatique, sous le regard des troupes israéliennes qui ont la maîtrise totale des lieux. Au matin du 18 septembre 1982, c'est entre 3500 et 5000 palestiniens qui gisent massacrés sur le sol. Les cadavres ont tous été jetés à la va-vite dans une fosse commune et les quartiers de Sabra et Chatila ont été en partie rasés au bulldozer.


Le 28 décembre 1982, un accord de retrait est négocié entre le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël sous l'égide américaine. Les négociations s'achèvent le 17 mai 1983 mais aucun des partis n'accepte de se retirer. Entre temps, une division éclate dans le camp palestinien : après le départ de Yasser Arafat et de l'OLP, une dissidence s'est organisée et la majorité des réfugiés palestiniens rejoignent le camp de la Syrie. Les partisans d'Arafat sont pourchassés. En décembre 1983, une bataille fait rage dans la ville de Tripoli. Arafat, contre l'avis de ses conseillers, revient au Liban et se bat aux côtés de ses partisans. Un cessez-le-feu est conclu le 20 décembre 1983. Arafat et 4000 de ses partisans quittent le Liban.


Carte de la Guerre Civile dans les années 80

Pendant ce temps au sud du Liban, les forces pro-syriennes et les milices chiites comme le Amal combattent l'armée israélienne et les Phalanges. C'est à cette époque qu'un nouveau parti fait parler de lui, le Hezbollah. Son but : chasser Israël du Liban et instaurer dans le pays des Cèdres une République Islamique sur le modèle de l'Iran, dont s'inspire fortement le Hezbollah.

En 1985, Le Amal entreprend d'éradiquer définitivement l'OLP du territoire libanais. Les principaux camps de réfugiés palestiniens sont assiégés par le Amal et privés de médicaments et de nourriture. De nombreux membres du Amal sont très déçus et rejoignent le Hezbollah, qui se bat aux côtés de l'OLP. Ces affrontements sont surnommés "la Guerre des Camps".

Au total, cette guerre fait des milliers de morts et aboutit à l'expulsion définitive de l'OLP au Liban à partir de juin-juillet 1988. En 1988, une guerre inter-chiite éclate ouvertement entre le Amal et le Hezbollah : le Amal est soutenu par les forces syriennes alors que le Hezbollah est soutenu par l'Iran. Les 2 camps se battent pour le contrôle du Sud et pour prendre Beyrouth, la capitale. Si, au début, c'est le Amal qui est en force, le Hezbollah finit par contrôler une grande partie du Sud en mai 1988.


députés libanais au retour de la Conférence de Taïf

En septembre 1988, le président libanais Amine Gemayel (frère du président précédent) est en fin de mandat. Le général maronite Michel Aoun est chargé de former un gouvernement militaire en attendant les prochaines élections présidentielles. Mais les musulmans ne reconnaissent pas Aoun et créent leur propre gouvernement dirigé par Sélim Hoss. Le Liban se retrouve donc avec 2 gouvernements. Le but d'Aoun est d'abord de faciliter l'élection d'un président mais, rapidement, sa mission est de libérer complètement le Liban et de former l'unité nationale.

C'est dans ce but qu'il déclare la "guerre de libération" à la Syrie qui dure de mars à septembre 1989. Le 22 octobre 1989, une réunion se déroule à Taëf en Arabie Saoudite. Un accord est signé en vue de conclure la paix au Liban mais cet accord reste lettre morte et Aoun se proclame Président de la République le 7 novembre 1989. Le 13 octobre 1990, l'armée syrienne bombarde le palais présidentiel à Beyrouth et Aoun est contraint à la fuite. La guerre est terminée.




Au total, on estime que 150 000 personnes sont tuées pendant cette guerre, civils et militaires confondus, que 17 000 personnes sont disparues et autant de personnes exilées ou déportées. La lente reconstruction du Liban s'est faite sous la tutelle syrienne bien que des troubles demeurent comme les conflits en 2008 et en 2011-2017.

L'armée israélienne ne se retire définitivement du Sud Liban qu'en 2000. Cependant, l'État Hébreux a toujours en sa possession des villages dans la région de Chebaa , d'où le Hezbollah (la seule milice à ne pas avoir posé les armes) essaie de l'en déloger depuis des années, ce qui est à l'origine de la Guerre des 33 Jours en 2006.





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