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La Guerre d'Espagne

  • Photo du rédacteur: Ilias B.
    Ilias B.
  • 18 juil. 2020
  • 8 min de lecture

Il y a près de 80 ans, l’Espagne sombrait dans la guerre civile. Deux clans s’opposent : ceux qui veulent que l’Espagne soit une république et ceux qui veulent que l’Espagne soit une monarchie. Au terme de ce conflit meurtrier, le pays sera plongé dans la dictature du général Franco. Revenons ensemble sur ce chapitre mouvementé de l’Histoire de l’Europe de l’après-guerre.

Le Contexte :

Pour comprendre la Guerre d’Espagne, il faut comprendre la situation de l’Espagne à l’époque. Nous sommes au début du XXème siècle : l’Espagne ne fait plus réellement partie des grandes puissances mondiales suite à l’effondrement de son empire colonial en Amérique au début du XIXème siècle à cause de Simon Bolivar. Cet évènement va porter un coup dur à l’économie espagnole qui se basait essentiellement sur l’exploitation de ses colonies. Même si la 1ère Guerre Mondiale lui a offert un peu de répit en permettant une exportation massive d’armes aux deux camps, l’Espagne a souffert d’une baisse de qualité au niveau de l’industrialisation contrairement aux autres pays européens. En résumé, à la fin de la 1ère Guerre Mondiale, 1/3 de la population espagnole vit dans la misère, 1/3 est également analphabète et la majorité des terres agricoles sont détenues par l’élite bourgeoise. Ainsi 2 millions de paysans sont sans emploi, n’ayant pas la moindre parcelle de terre pour gagner leur vie.

Au niveau politique aussi, tout va mal : la monarchie parlementaire du roi Alphonse XIII est au bord

Alphonse XIII

du gouffre. Cette situation de crise trouve plusieurs origines : tout d’abord, les élections parlementaires sont gangrénées par la corruption ; ensuite, de nombreuses manifestations ouvrières éclatent et pour finir, il y a une dangereuse montée du militarisme. En 1923, un militaire du nom de Primo de Riviera fait un coup d’état et est proclamé 1erministre. Le coup d’état est organisé avec la complicité d’Alphonse XIII qui y voit l’occasion de se maintenir sur le trône. Une des premières décisions de Riviera est de se rapprocher de l’Italie fasciste de Mussolini. Ensuite, il organise une grande répression des mouvements républicains et syndicalistes et met en place une grande politique d’industrialisation. Il organise aussi une vaste campagne militaire à l’encontre du Maroc, dans le but de mater la rébellion des habitants de la région du Rif contre les colons espagnols.

Parmi les cadres militaires envoyés sur place se trouve un jeune homme du nom de Francisco Franco. Dès le début, celui-ci se fait remarquer de ses supérieurs en organisant le débarquement d’Al Hoceïma avec l’aide de la marine française, l’un des 1ers débarquements navals de l’Histoire. Ce succès lui vaut d’être nommé général et de recevoir la Légion d’Honneur de la part du Maréchal Pétain.

Tout va bien pour Riviera, mais c’est sans compter l’arrivée de l’année 1929 et l’effondrement de l’économie espagnole suite à la Crise économique mondiale. L’année suivante, Riviera est remplacé par le général Berenguer au poste de 1er ministre. Pour commencer, son gouvernement met fin à la répression organisée par Riviera quelques années plus tôt et promet de convoquer les élections générales. Mais les libéraux et les conservateurs ne veulent pas de nouvelles élections par peur de perdre leur pouvoir. De plus, les classes ouvrières en profitent pour se révolter à nouveau. Le 12 décembre 1930, les républicains s’emparent de la petite ville de Jaca, en Aragon. C’est ce moment que choisit Ramon Franco, le frère de Francisco, pour s’emparer de l’aéroport de Cuatro

Proclamation de la 2nd République

Vientos près de Madrid. C’est de là qu’il décolle avec un avion dans l’intention de bombarder le Palais Royal mais se contente juste de jeter des tracts révolutionnaires et s’enfuit au Portugal. Finalement, le soulèvement de Jaca échoue et les meneurs sont exécutés. Mais le Parti Républicain n’en ressort que grandi. Devant la colère populaire, des élections municipales sont organisées. Grave erreur : les Républicains gagnent les élections dans la plupart des grandes villes espagnoles. Devant cette victoire, Alphonse XIII prend la décision de s’enfuir, même s’il n’abdique pas pour autant. Le 14 avril 1931, c’est l’abolition de la Monarchie en Espagne. La IIème République est officiellement proclamée.

La Guerre :

Dès le début, la République Espagnole lance de nombreuses réformes socio-économiques : tout d’abord, les terres agricoles sont réparties de manière plus équitable. Ensuite, les femmes et les soldats ont accès au suffrage universel et de nombreux postes d’enseignants sont créés pour diminuer l’analphabétisme. Enfin, les revendications autonomistes de la Catalogne commencent à être entendues et à être prises en compte. Ces réformes sont portées par le 1er ministre Manuel Azana. Mais il subsiste tout de même des interrogations, comme l’avenir de l’Église et de l’Armée au cœur de la Société Espagnole.

En 1933, les élections sont remportées par une coalition de Centre-Droit. Dès le mois d'octobre

Révoltes d'octobre 1934

1934, de forts mouvements de contestation naissent au sein des classes ouvrières et socialistes. Ces manifestations sont très violemment réprimées par Franco. La fracture sociale se creuse de jour en jour. De plus, un mouvement ouvertement fasciste, la Phalange Espagnole, voit le jour. Ce mouvement est présidé par José Antonio Primo de Riviera, le ministre déchu.

En 1936, c’est au tour du Front Populaire de remporter les élections. À partir de là, tout bascule : une amnistie est accordée aux prisonniers politiques des révoltes de 1934, ce qui crée de très nombreuses grèves et l’occupation des terres agricoles appartenant aux riches par les paysans. Les conservateurs appréhendent la montée des forces révolutionnaires et la Phalange commet des attentats pour contrer ces forces révolutionnaires. Le 16 juin 1936, le parti.... donne le bilan : 269 personnes tuées, 1287 blessées, 381 bâtiments endommagés, 43 locaux de journaux attaqués et

146 attentats à la bombe commis. Le 16 juillet 1936, le général Franco fait un coup d’État depuis le Maroc. Puis, c’est au tour de l’Espagne métropolitaine d’être atteinte par le mouvement nationaliste suite à l’assassinat du député monarchique José Calvo Sotelo dans un attentat à la bombe le même jour. Le 18 juillet 1936, la Guerre Civile est déclarée. Le 20 juillet, la situation est clarifiée : les Nationalistes occupent 1/3 du territoire Espagnol et le reste est occupé par les Républicains. Les Nationalistes occupent notamment la Galice, le Léon, une partie de l’Aragon, Oviedo et Cordoue, le Maroc espagnol et les îles Baléares et Canaries. Les troupes nationalistes sont composées par la Phalange Espagnole, les monarchistes et une partie de l’armée espagnole tandis que les troupes de la République sont composées par la Marine et l’Aviation espagnole. Vers la fin de l’année 1936, l’Italie de Mussolini renforce les troupes nationalistes avec un détachement d’à peu près 50 000 hommes et avec des navires, des avions, des chars d’assauts et plus de 200 000 armes. L’Allemagne Nazie aussi vient en aide aux nationalistes : elle détache en Espagne la Légion Condor, un bataillon aérien composé d’environ 6 000 avions. Elle envoie également des fusils, des chars panzer et des canons. La République, quant à elle, sollicite l’aide de la France. Mais celle-ci finit par ne pas intervenir dans le conflit : tout d’abord, l’opinion publique est en désaccord avec une quelconque intervention du gouvernement au côté de la République Espagnole. De plus, la Gauche, qui est au pouvoir en France à ce moment-là, est profondément pacifiste. En plus l’Angleterre refuse de s’engager dans le conflit. Or, la politique étrangère de la France est basée sur l’entente avec l’Angleterre et le gouvernement Français ne veut pas risquer de sacrifier sa politique étrangère pour s’engager dans le conflit. C’est pour ça qu’est créé un gigantesque embargo à l’encontre de l’Espagne. Mais cet embargo, qui est censé limiter l’aide reçue par les troupes nationalistes de la part de l’Italie et de l’Allemagne, a l’effet inverse et fragilise grandement les troupes républicaines. Mais l’U.R.S.S de Staline décide aussi de s’engager dans le conflit. En effet, dans sa politique d’expansion du Communisme en Europe, l’Union Soviétique décide de fournir en armes et en hommes les troupes Républicaines. Mais L’U.R.S.S se repose essentiellement sur le PCE (Parti Communiste Espagnol) et écarte les factions jugées trop « trotskystes », ce qui crée des troubles internes à l’intérieur des troupes Républicaines. Ces troubles arrivent au pire moment pour la République car les troupes nationalistes gagnent de plus en plus de terrain. Les réserves d’or de la Banque Centrale sont donc évacuées de Madrid et sont confiées… à l’U.R.S.S. Cette dernière va donc se servir de ça pour s’assurer l’obéissance totale des troupes Républicaines. Mais malgré cette situation de crise, la République voit affluer à son secours un très grand nombre de soutiens : anarchistes, trotskystes, communistes ou simples défenseurs des valeurs républicaines. Ces soutiens sont plus 50 000 à s’engager dans les Brigades Internationales, destinées à sauver la République. Cette situation va donner la rage de vaincre aux Nationalistes. En août 1936, ils parviennent à rapatrier les soldats espagnols basés au Maroc grâce à l’aide des Nazis et lancer une grande offensive contre Madrid. Le 14 août 1936, ils prennent la ville de Bajados et foncent directement vers la capitale. Mais au lieu de continuer sur sa lancée, Franco dévie ses troupes pour assiéger Tolède le 21 septembre 1936. Ce siège pourrait lui permettre de renforcer son image héroïque et le moral de ses troupes. Mais entretemps, les Républicains ont le temps d’organiser la défense de Madrid. Les Nationalistes finissent par gagner du terrain dans le Nord et par prendre les villes d’Irun et San Sebastian. Le Pays Basque aussi est menacé par l’avancée des troupes Nationalistes. Finalement, c’est une guerre de tranchée qui se met en place et qui va durer pendant tout le conflit. L’offensive nationaliste ne reprend réellement qu’en février 1937 avec une 1ère attaque de Madrid. Le combat finit par tourner à l’avantage des républicains grâce aux chars d’assaut soviétiques. Une 2nd attaque a lieu au mois de mars. Si au début les nationalistes semblent avoir l’avantage, les conditions météorologiques favorisent une attaque aérienne républicaine. Les Nationalistes battent de nouveau en retraite. Mais dans le Nord, tout bascule : le 19 juin 1937, le Pays Basque est totalement envahi par les Nationalistes. Dans le camp de la République, l’entente entre les milices anarchistes, trotskystes et communistes est sur le point de voler en éclat à cause du manque de coordination. De plus, ces milices ne sont pas très soumises à la rigueur militaire. Ces éléments empêchent les troupes républicaines de mener des contre-offensives.


affrontements à Barcelone en mai 1937

Pour ne rien arranger, des révoltes éclatent partout dans les campagnes et dans les villes de Catalogne. Les tensions montent d’un cran le 2 mai 1937 lorsque le CNT (Confédération Nationale du Travail) s’empare du Centrale téléphonique de Barcelone. Pendant 4 jours, la ville est le théâtre d’affrontements internes. Le 17 mai, un nouveau gouvernement procommuniste est formé. Grâce à ce nouveau gouvernement, les milices sont définitivement intégrées à l’armée. Mais le temps que les Républicains se coordonnent, il est trop tard : les troupes nationalistes ont gagné beaucoup trop de terrain. L’affrontement décisif a lieu dans la ville de Teruel pendant l’hiver 1937. La bataille se solde par la déroute humiliante des Républicains. Cette victoire des Nationalistes leur ouvre la voie vers Barcelone, qui est prise en février 1939. Puis c’est au tour de Madrid d’être prise. Le 1er avril 1939, Le général Franco diffuse un message sur toutes les ondes radio annonçant la victoire définitive du camp Nationaliste. C’est la fin de la Guerre.

Bilan :

On estime qu’entre 100 000 et 250 000 soldats sont tombés au front, qu’entre 120 000 et 220 000 civils sont morts et qu’entre 40 000 et 60 000 personnes sont mortes de famine ou dans des bombardements comme celui qui a eu lieu dans la petite ville basque de Guernica en avril 1937 et qui a été immortalisé par Picasso dans célèbre tableau qui porte le même nom. La Guerre

Guernica

d’Espagne est aussi un bouleversement au niveau international : ce conflit a particulièrement rapproché l’Allemagne et l’Italie qui signent un traité d’alliance le 1erNovembre 1936. Le conflit a aussi permis aux 2 pays de tester leurs armes et de mettre en pratique leurs tactiques militaires. Du côté de l’U.R.S.S, le bilan est moins brillant : Sa volonté d’implanter un satellite du communisme en Europe de l’Ouest est un échec et elle est isolée. La Guerre d’Espagne pourrait potentiellement expliquer en partie le pacte de non-agression germano-soviétique signé en 1939. Et enfin pour l’Espagne, c’est le début d’une sanglante dictature qui durera pendant 40 ans. En effet, même s’il lutte pour le rétablissement de la monarchie, Franco prétend assurer la « Régence » en attendant la majorité du futur roi. Finalement, Franco décède en 1975 et laisse la place au jeune prince Juan Carlos qui devient roi sous le nom de Juan Carlos 1er.

1 commentaire


Noureddine Mounir
19 juil. 2020

Excellent j’ai appris beaucoup de choses sur l’arrivée de Franco et le lien avec le Maroc.

Sais-tu que sa garde rapprochée était faite de marocains (je crois)

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