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Les droits civiques aux Etats-Unis, un combat pour l'égalité

  • Photo du rédacteur: Ilias B.
    Ilias B.
  • 2 juin 2020
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 août 2021

Récemment, la mort de George Floyd a soulevé la question épineuse des droits civiques des Noirs aux États-Unis. C’était l’occasion de revenir sur ce chapitre de l’Histoire des U.S.A. Dans cet article, nous allons couvrir près d’un siècle d’Histoire, de 1865 jusqu’en 1968.

La Ségrégation :


Jim Crow

Pour connaître l’histoire des droits civiques des Noirs, il faut remonter en 1865 : cela fait 4 ans que les États-Unis sont embourbés dans la sanglante guerre civile qu’a été la Guerre de Sécession.

Cette année-là, 2 grands changements surviennent : tout d’abord, l’armistice est signée. C’est la fin de la Guerre. Ensuite, le Président Lincoln parvient à inclure 3 nouveaux articles dans la Constitution Américaine : le XIIIème Amendement qui signe la fin définitive de l’Esclavage aux États-Unis, le XIVème Amendement qui accorde la citoyenneté américaine à tous les anciens esclaves et le XVème Amendement qui leur accorde le droit de vote.

Si les 3 amendements sont appliqués dans les États du Nord, ils n’arrangent pas tout le monde et, en particulier, vous vous en doutez bien, les États du Sud, qui sont les plus conservateurs et qui sont sortis vaincus de la Guerre de Sécession. La fin de l’esclavage signifie pour eux la mort de l’économie américaine.

C’est pourquoi en 1877, les politiciens des États du Sud instaurent les « Lois Jim Crow », d’après le personnage caricatural inventé par l’auteur américain Thomas D. Rice. Les « Lois Jim Crow » permettent de contourner les 3 amendements. Si toutefois l’esclavage n’est plus pratiqué, les Noirs américains n’ont pas le droit de vote et ne sont pas considérés comme des citoyens. Une vraie ségrégation raciale s’installe. Dès lors, c’est le suprématisme blanc qui domine dans tout le Sud.


Si toutefois l’Esclavage n’est plus pratiqué, les Noirs américains n’ont pas le droit de vote et ne sont pas considérés comme des citoyens. Une vraie ségrégation raciale s’installe. Dès lors, c’est le suprémacisme blanc qui domine tout dans le Sud.



En parlant de suprémacisme blanc, c’est justement à cette époque que naît l’organisation la plus tristement célèbre des États-Unis, le Klu Klux Klan. Le KKK a été fondé en 1866 par 6 anciens soldats Confédérés originaires du Tennessee. Selon la tradition, ce serait le soir de Noël 1865 que ces 6 soldats auraient décidé de fonder un club. Prévoyant au début d’appeler ce club « The Circle » (le Cercle), les 6 jeunes hommes ont décidé de le nommer « Kuklos » (Cercle en Grec Ancien). Ils ont ensuite modifié ce nom en KuKlux et ont ajouté le mot « Klan » en référence aux anciens clans écossais (il semble qu’ils avaient des ancêtres écossais). Le but du club est simple : connaissant la nature assez superstitieuse des Noirs américains, les membres revêtent des tenues blanches pour les effrayer en se faisant passer pour des fantômes. Les nombreuses cavalcades du Klan font grand bruit dans la région et suscitent l’intérêt de la presse. Ces histoires arrivent aux oreilles d’un certain Nathan Bedford Forrest. Ancien soldat Confédéré et ancien vendeur d’esclave, Forrest voit le Klan comme une formidable opportunité de créer une force d’auto-défense contre les forces de l’Armée Américaine qui occupent le Sud. Forrest devient donc le 1er chef du Ku Klux Klan en 1867. Suite à ses nombreuses actions criminelles, le groupe finit par être dissous en 1871.

En 1915, paraît le roman de Thomas Dixon, « The Clansman », qui est adapté au cinéma sous la forme du film « Birth of a Nation » du réalisateur David Griffith. Ce film devient le 1er blockbuster du cinéma hollywoodien. Dès sa sortie, le film crée la controverse et même des émeutes car il idéalise le KKK et présente les membres du Klan comme de valeureux chevaliers destinés à sauver l’Amérique des « sauvages noirs ». De quoi donner des idées au pasteur William Simmons qui reforme le groupe la nuit de Thanksgiving 1915. Le KKK prospère tout le long des années 20 et 30. On estime que pendant cette période, le nombre de membres était de 5 millions de personnes. Mais le groupe ne dure pas et il est dissous en 1944 pendant la 2nde Guerre Mondiale. Le KKK est refondé en 1946 et existe toujours. Les objectifs du Klan sont bien définis : abolir les XIIIème, XIVème et XVème Amendements, imposer la suprématie de la race blanche protestante (la seule pure aux yeux du groupe) aux États-Unis et exterminer les races inférieures c’est-à-dire les Noirs, les Juifs, les Catholiques et les étrangers. Pour cela, le Klan a recours à tous les moyens (enlèvements, tortures, viols, meurtres, etc…).


Pendant tout le début du XXème siècle, les Noirs n’ont pas les mêmes droits que les Blancs : ils n’ont pas le droit de prendre les mêmes bus, d’entrer par les mêmes portes, de boire dans les mêmes fontaines, d’aller dans les mêmes écoles et même de se marier avec un blanc ou une blanche. Pire, une sorte d’esclavage est organisé car des hommes Noirs étaient forcés à travailler gratuitement pour les Blancs. Les Noirs qui violaient ces règles étaient atrocement lynchés. Mais pour ajouter une touche de joie à cette époque sombre, c’est à ce moment-là que se développe un genre musical particulièrement célèbre, le Jazz.


L’Émancipation :

En 1954, la Cour Suprême des États-Unis juge que les États du Sud doivent offrir aux Noirs une éducation intégrée, c’est-à-dire les envoyer dans les mêmes écoles que les Blancs. Un an plus tard, des contestations naissent au sein de la communauté Afro-américaine. Ces contestations vont vite donner naissance au Mouvement pour les Droits Civiques des Noirs. Deux évènements notables vont contribuer à la naissance à ce mouvement.

Le 1er incident a lieu en 1955 : Un jeune homme du nom d’Emmett Till est envoyé par ses parents chez son oncle dans le Sud. Un jour, pour fanfaronner devant ses amis, il siffla une jeune femme blanche. Grave erreur : très rapidement, tout le monde est au courant de l’incident, y compris le mari de la jeune femme, qui décida de se venger. La nuit même, il s’introduisit avec son demi-frère dans la chambre d’Emmett. Ils ont tiré le jeune homme de son lit et l’ont sauvagement torturé et massacré. Quand les autorités ont découvert le corps dans le fleuve Mississipi, il n’a pu être identifié uniquement grâce à la bague qu’il portait au doigt. Ce meurtre, aussi atroce soit-il, provoque un grand émoi dans la communauté afro-américaine.

Rosa Parks dans le bus

Le 2ème incident est beaucoup plus connu : il a lieu dans la ville de Montgomery en Alabama. Une femme du nom de Rosa Parks prend le bus. Elle s’assit à une place. Rien d’anormal me direz-vous ? Mais cette place est réservée aux Blancs. Le chauffeur du bus ordonne à Rosa de céder sa place à un passager blanc. Elle refuse. Le chauffeur menace d’appeler la police. Rosa lui réplique qu’il n’a qu’à le faire mais qu’elle ne changera pas de place. Finalement, le chauffeur met sa menace à exécution et la police embarque Rosa. Pendant qu’elle est en prison, tous les Noirs de la ville de Montgomery commencent à boycotter les bus. Finalement, Rosa est libérée et la Cour Suprême des États-Unis supprime la ségrégation dans les bus.


Très vite, le Mouvement va se doter d’un leader charismatique, un jeune pasteur de 26 ans nommé Martin Luther King. En 1957, la Cour Suprême décide de concrétiser son projet d’envoyer des Noirs dans des établissements scolaires pour les Blancs. L’expérience a lieu dans la petite ville de Little Rock, en Arkansas : 9 étudiants sont sélectionnés pour être intégrés au Lycée de Little Rock. Un grand nombre d’habitants protestent. Le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus, envoie même la garde nationale pour empêcher l’accès des élèves à l’établissement. De violents affrontements éclatent et durent pendant 3 semaines, si bien que le Président Eisenhower va jusqu’à envoyer l’armée pour protéger les 9 adolescents. Finalement, les élèves parviennent à entrer dans l’établissement. L’élève qui a sans doute été le plus marqué est Elizabeth Eckford car la police avait prévu que les 9 adolescents partent ensemble au lycée. Mais Elizabeth n’était pas au courant de la démarche et elle est partie seule au lycée. Pendant le trajet, elle est insultée par une foule de femmes blanches. Pendant l’année scolaire, les 9 élèves ont tellement été harcelés qu’il a fallu leur assigner chacun un garde du corps.


« The problem we all live with » Norman Rockwell

En 1960, c’est l’apogée du mouvement. Les Noirs protestent contre toutes les lois ségrégationnistes et vont même jusqu’à les enfreindre en se baignant dans les mêmes piscines que les Blancs, en mangeant dans les mêmes restaurants ou en priant dans les mêmes églises. Les « Lois Jim Crow » sont abolies. La même année, Ruby Bridges, une petite fille noire de 6 ans, est officiellement la 1ère Afro-américaine à aller dans une école primaire pour les Blancs. Cet événement est immortalisé par le peintre Norman Rockwell dans son tableau « Notre problème à tous » (le titre original est « The problem we all live with »).


En 1963, Martin Luther King préside la marche de Washington, la plus grande manifestation pour les Droits Civiques. C’est là, le 28 mai 1963, qu’il entame son célèbre discours « I have a dream » dont voici un extrait :

« Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour

Martin Luther King, le 28 mai 1963

évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”. Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve qu’un jour, même l’État du Mississippi, un État où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve! Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots «opposition» et «annulation» des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve ! Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair. Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud. »



L’idéologie de Martin Luther King est simple : résister aux Blancs avec la Non-Violence. Mais c’est sans compter le 2ème leader du mouvement, Malcolm X. Si les 2 hommes défendent la même cause, c’est-à-dire l’émancipation des Noirs, une chose les divise : les méthodes pour y parvenir. Car si Martin Luther King prêche la Non-violence, Malcolm X, au contraire, pense que les Noirs n’y arriveront jamais sans violence.


Malcolm X

Il suffit de voir dans son passé pour comprendre ce mode de pensée : quand il est encore enfant, son père est assassiné par les Black Legions, un groupe suprémaciste blanc affilié au KKK, et sa mère finit en hôpital psychiatrique. Malcolm est dégoûté par la communauté blanche suite à une remarque de son professeur qui lui dit que son vœu de devenir avocat n’est pas réaliste « pour un nègre » et sombre dans la délinquance. Il fait des allers-retours en prison mais trouve le chemin de la rédemption quand il rejoint le groupe « Nation of Islam », un groupe nationaliste de musulmans Afro-américains. Malcolm décide de changer son nom de famille Little en X car les noms de familles des Afro-américains leur ont été donnés par leurs anciens maîtres blancs. Il devient très vite le bras-droit du dirigeant de Nation of Islam, le gourou Elijah Muhammad, qui se prétendait le dernier Prophète. Malcolm se fait connaître par la violence de ses discours sur la communauté blanche. Dans les années 60, il quitte Nation of Islam suite à de nombreux scandales sur les dérives sectaires d’Elijah Muhammad et rejoint le mouvement pour les droits civiques des Noirs. Il commence peu à peu à s’intéresser au véritable Islam et fait un pèlerinage à la Mecque en 1964. Ce voyage le pousse à adhérer à la doctrine Non-violente. Mais en tant que membre du Mouvement de Droit Civiques, il est constamment suivi par le FBI. De plus, ses nombreuses prises de position contre « Nation of Islam » lui valent de nombreuses menaces de mort. Malcolm X est assassiné par un membre de « Nation of Islam » pendant un meeting en 1965.


La même année, le Gouvernement mit tout en œuvre pour protéger les droit de vote des Noirs car de nombreux incidents avaient eu lieu dans les bureaux de vote. Un an auparavant, il avait fait voter une loi mettant fin à la Ségrégation, une loi qui interdit toute discrimination.

Mais en 1968, un drame survient : au cours d’une conférence, Matin Luther King est assassiné par un Blanc raciste. La même année, était aussi assassiné Robert Kennedy, ancien ministre de la Justice et frère de l’ancien président, John Kennedy, qui avait fait promulguer beaucoup de lois en faveur des droits civiques.



Barack Obama lors de son élection en 2008

En 2008, l’élection du 1er président Noir, Barack Obama, montre le chemin parcouru depuis la fin de la Guerre de Sécession. Néanmoins, d’autres changements restent à obtenir car, malgré de nombreuses excuses du Gouvernement et du Congrès des États-Unis, les traces de la Ségrégation restent encore présentes aux USA. Par exemple, une loi de 1974 impose la séparation des districts scolaires et impose une tutelle contre la ségrégation, tutelle qui peut être levée à tout moment. Les conséquences parlent d’elles-mêmes : il est prouvé que le taux d’élèves noirs qui quittent les écoles sans tutelle est de 1,6%, soit encore plus que dans les écoles avec tutelle. Ces mesures provoque également un exode des populations noires qui quittent en masse les centres-villes pour les banlieues où ils peuvent se retrouver, mais également des populations blanches qui s’installent pour la plupart dans les quartiers riches, ce qui accroit le communautarisme. De plus, le taux d’élèves de couleur dans les écoles défavorisées est de 75% car la plupart des blancs envoient leurs enfants dans des écoles privées. À la pauvreté s’ajoute donc une éducation rudimentaire.


Émeutes de Charlottesville en 2017

Il y a également depuis ces 10 dernières années une résurgence de la violence comme en 2017 avec les affrontements de Charlottesville en Virginie, entre manifestants d’extrême-droite et manifestants antiracistes au sujet du retrait d’une statue du général confédéré Robert Lee. Affrontements qui ont tourné au drame avec un attentat à la voiture-bélier, tuant ainsi une manifestante antiraciste et blessant 35 personnes. Le président de l’époque, Donald Trump, avait alors rechigné à condamner le terroriste, un suprémaciste blanc de 19 ans. La presse a profité de ce contexte pour diffuser en public un document prouvant que le père du président, Frederick Trump, était un membre actif du KKK. Il faut dire que le gouvernement Trump a plusieurs fois suscité la controverse et même la colère des mouvements antiracistes lorsqu’en 2016, au moment de l’élection de Trump, des vidéos ont été diffusées montrant ses partisans brandissant des drapeaux confédérés et faisant des saluts nazis devant la Maison Blanche.


Ces évènements prouvent que, même après 200 ans de combats, la lutte pour les Droits Civiques déchaîne les passions au sein de la société américaine et continue d’inspirer des générations entières dans le monde.






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