Les Guerres de Religions
- Ilias B.
- 24 août 2020
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 mai 2022
Il y a tout juste 400 ans, se déroulait le pire massacre de l’Histoire de France : la Saint-Barthélemy. Ce drame est la conséquence de 36 ans de guerre civile entre Catholiques et Protestants. C’est cette période sanglante appelée Guerres de Religions que j’ai décidé de vous raconter.
Le Contexte Historique :

Pour comprendre les Guerres de Religions, il faut remonter au règne du Roi François 1er : c’est effectivement sous son règne que la Réforme Protestante, initiée en Allemagne par Martin Luther, atteint la France. La nouvelle foi touche tout le monde, de la noblesse au peuple. Mais elle crée des dissensions entre les gens mais rien de bien grave. Du moins jusqu’à la nuit du 17 au 18 octobre 1534, quand éclate l’affaire des Placards. En effet, durant cette nuit, des activistes protestants placardèrent dans tout le royaume des affiches anti-catholiques, jusque sur la porte de la chambre du Roi. Les responsables seront retrouvés et brûlés vifs au mois de janvier 1535. C’est cet incident qui va pousser François 1er à se dresser contre le

Protestantisme. C’est le commencement d’une longue série de persécutions contre les protestants surnommés aussi les huguenots. C’est cet incident aussi qui va pousser le théologien protestant Jean Calvin à fuir la France pour la Suisse et à fonder le Calvinisme, sa propre variante du Protestantisme. Le Calvinisme sera la principale branche du Protestantisme en France. En 1545, les protestants de la région du Lubéron subissent une féroce croisade de la part des catholiques. 22 villages et près de 900 fermes seront ainsi réduits en cendres. Le massacre le plus marquant est celui de Mérindol, où 3.000 protestants seront exterminés.
Le 31 mars 1547, François 1er décède. C’est son fils qui va lui succéder sous le nom d’Henri II. Il poursuit la politique de répression menée par son père à l’encontre des protestants en promulguant plusieurs édits contre eux. À cette époque, la France est au plus mal : en effet, l’armée française a subi une défaite humiliante à la bataille de St-Quentin en Italie, mettant fin aux Guerres d’Italie et, par la même occasion, au rêve d’Henri II et de ses prédécesseurs de mettre la main sur le Duché de Milan. La paix est imposée en 1559 avec le Traité de Cateau-Cambrésis, qui fait perdre à la France des territoires au profit de l’Espagne. Henri II parvient à maintenir la stabilité dans son royaume.
Mais cette stabilité s’effondre le 30 juin 1559 : en effet, en accord avec le Traité de Cateau-Cambrésis, Henri II marie sa fille avec Philippe II d’Espagne. À l’occasion, des joutes furent organisées. Henri II, grand amateur de jeux extrêmes, y participa lui-même. Mais au cours du tournoi, la lance de son adversaire s’enfonça dans sa visière et lui atteint le crâne. Il décèdera 10 jours plus tard après une longue et douloureuse agonie. C’est son fils François II qui lui succède. Mais il n’a que 15 ans et sa santé est chancelante. Le pouvoir est alors confié au Duc François de Guise et à son frère, le Cardinal Charles de Guise, des cousins de la famille royale. Mais les frères Guise se rendent impopulaires. Le fossé entre Catholiques et Protestants se creuse de plus en plus. Au mois de février 1560, les protestants sont plus qu’excédés. Ils vont donc monter un complot pour enlever le roi et, par la même occasion, le soustraire à l’influence des Guise. Mais le complot

parvient jusqu’aux oreilles des Guise qui transfèrent François II du château de Blois à celui d’Amboise. Les conjurés sont arrêtés le 16 mars 1560 après une attaque surprise ratée du château d’Amboise. Dans les jours qui suivent, entre 1.200 et 1.600 personnes seront soit décapitées soit pendues aux balcons du château. Cet épisode sanglant est appelé la Conjuration d’Amboise. Les violences qui suivront la Conjuration exacerberont encore plus les tensions entre Catholiques et Protestants.
Néanmoins, la reine-mère Catherine de Médicis est mécontente de la façon violente dont les Guise gèrent le Royaume. Elle essaie de ramener la paix, notamment en nommant Michel de l’Hospital au poste de Chancelier de France, du fait qu’il est protestant et anti-répression. Ce dernier essaie de faire entendre raison aux 2 camps en leur rappelant qu’ils sont chrétiens mais rien n’y fait, catholiques et protestants sont irréconciliables. Le 5 décembre 1560, le roi François II décède à l’âge de 16 ans des suites d’un abcès à l’oreille qui s’est infecté. C’est son frère de 10 ans qui lui succède sous le nom de Charles IX. Catherine de Médicis devient donc Régente à la place des frères Guise. Elle continue plus que jamais sa politique d’apaisement des tensions religieuses. Elle convoque les États-Généraux en 1560, organise le colloque de Poissy en 1561 et fait promulguer l’Édit de tolérance de Saint-Germain le 17 janvier 1562. Cet édit autorise les protestants à célébrer leur culte mais en dehors de l’enceinte des villes. Paradoxalement, c’est par cet édit que le malheur arrivera …
L’Embrasement :

Un incident grave va lancer le conflit : nous sommes le 1er mars 1562. En passant à travers le petit village de Wassy en Champagne, le duc de Guise découvre des protestants célébrant leur culte à l’intérieur d’une grange du village, violant ainsi l’Édit de Saint-Germain. La situation tourne au vinaigre et un massacre a lieu. Entre 20 et 74 protestants sont tués. C’est le coup d’envoi de la 1ère Guerre de Religions. Suite au massacre de Wassy, les protestants se soulèvent sous la direction du prince Louis de Condé, cousin du roi. Le 1er affrontement a lieu à Dreux le 19 décembre 1562. La bataille se solde par une victoire des Catholiques et par la capture de Louis de Condé. Ensuite, au mois de février 1563, les Catholiques assiègent la ville de Bordeaux, aux mains des Protestants. C’est pendant ce siège que le Duc de Guise est assassiné le 24 février 1563 d’un coup de pistolet par un jeune protestant. Finalement, la paix est ramenée avec la signature de l’Édit d’Amboise le 19 mars 1563. Les Protestants gagnent plus de liberté et Louis de Condé est libéré. La même année, Charles IX a 13 ans et est reconnu comme majeur. Il peut donc assumer le pouvoir par lui-même et n’a plus besoin d’un régent. Catherine de Médicis décide donc d’organiser un grand tour de France avec son fils, pour lui apprendre à connaître son royaume. Le voyage durera 2 ans, de 1564 à 1566. Le 28 septembre 1567, Louis de Condé essaye d’enlever la famille royale mais la

tentative échoue et la 2ème Guerre de Religion commence. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1567, des Protestants massacrent entre 80 et 90 prêtres d’un couvent catholique de Nîmes. Ce massacre est surnommé la Michelade car il a eu lieu le jour de la Saint-Michel. Le 10 novembre 1567, les armées catholiques et protestantes se retrouvent à Saint-Denis. La bataille se solde par une victoire des Catholiques. Mais comme les 2 camps manquent d’argent pour financer cette guerre, la paix est restaurée en 1568. Mais quelques mois plus tard, Charles IX essaye d’arrêter Louis de Condé et Gaspard de Coligny, les 2 principaux chefs protestants. La 3ème Guerre de Religions est lancée. Elle sera

notamment marquée par la bataille de Jarnac le 13 mars 1569. Les troupes catholiques sont cette fois dirigées par le jeune frère de Charles IX, Henri d’Anjou. Sous son commandement, les troupes catholiques remportent une immense victoire face aux protestants et capturent même Louis de Condé. Henri fera exécuter son cousin d’une balle dans la tête. Louis de Condé mort, c’est Gaspard de Coligny qui devient le nouveau chef des Protestants. Il est secondé par un autre cousin du roi, Henri de Navarre. Mais les 2 chefs vont perdre la bataille de Moncontour face aux Catholiques le 3 octobre 1569 face à Henri d’Anjou. Finalement, l’Édit de Saint-Germain-en-Laye est signé le 8 août 1570 et la paix est ramenée. Les Protestants gagnent encore plus de liberté religieuse et sont même autorisés à occuper des fonctions publiques. Gaspard de Coligny entre au Conseil du Roi. Pour consolider l’alliance entre Catholiques et Protestants, Catherine de Médicis organise le mariage arrangé entre sa fille, Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Le mariage est célébré le 18 août 1572. Mais la fête est vite gâchée étant donné que Coligny est gravement blessé à la main lors d’un attentat le 22 août. Charles IX se rend au chevet de son plus proche conseiller et lui promet justice. Mais, par crainte d’un soulèvement protestant, il complote pour assassiner les chefs protestants. Dans la nuit

du 24 août 1572, nuit de la Saint-Barthélemy, les chefs catholiques tracent des croix sur leurs vêtements pour se reconnaître dans le noir puis sortent de chez eux armés de piques, d’épées et de couteaux. La tuerie commence lorsque sonnent les cloches pour la prière du matin. Très vite, ce qui devait juste être l’assassinat des chefs protestants se transforme en massacre de tous les protestants de Paris. Gaspard de Coligny est défenestré et décapité par la foule. Son corps sera pendu aux portes de la capitale. Tous les protestants, hommes, femmes et enfants sont sortis de chez eux, sauvagement massacrés, déshabillés et jetés dans la Seine. La floraison inhabituelle d’un buisson d’aubépine dans un cimetière parisien est perçue par les Catholiques comme un signe de la satisfaction de Dieu. Le massacre va donc se poursuivre encore pendant plusieurs jours et s’étendre à d’autres villes de France. Environ 3.000 personnes seront tuées à Paris et 10.000 le seront dans toute la France. La 4ème Guerre de Religions commence.
En 1573, la Rochelle et Sancerre sont assiégées par les Catholiques. Étant donné que les Catholiques n’arrivent pas à prendre la Rochelle, l’Édit de Boulogne est signé le 11 juillet 1573. La paix revient. Mais en 1574, un parti d’opposition nommé les Malcontents se crée. Il est dirigé par François d’Alençon, le propre frère du roi. Les Malcontents regroupent à la fois des Catholiques et des Protestants. Henri de Navarre et Henri de Condé, fils de Louis de Condé, en font partie. Mais ils sont tous les 2 sous étroite surveillance depuis la Saint-Barthélemy. Les Malcontents complotent pour faire sortir les 2 Henri de Paris et faire de François d’Alençon l’héritier de Charles IX au détriment d’Henri d’Anjou (qui a été élu roi de Pologne l’année précédente). C’est la 5ème Guerre de Religions.
Finalement, Charles IX s’éteint en mai 1574, des suites d’une pleurésie. En apprenant la mort de son frère, Henri d’Anjou abandonne la couronne de Pologne (en emportant les joyaux de la couronne polonaise au passage) et rentre en France. Il monte sur le trône de France le 13 août 1575 sous le nom d’Henri III. Après 2 ans de lutte contre ses opposants, il décide de signer l’Édit

de Beaulieu le 6 mai 1576. Le nouvel édit accorde encore plus de libertés aux Protestants, trop selon les ultra-catholiques, qui se regroupent pour former la Ligue Catholique en novembre 1576 sous le commandement d’Henri de Guise, le fils du précédent duc de Guise. C’est la 6ème Guerre de Religions. Le conflit s’arrêtera en 1577 avec l’Édit de Poitiers signé le 17 septembre 1577, qui restreint les libertés des Protestants.
Craignant une nouvelle guerre civile, Catherine de Médicis part à la rencontre des 2 camps pour pacifier définitivement le royaume. Le 28 février 1579 est signé l’Édit de Nérac qui accorde un peu plus de libertés aux Protestants. Mais en juillet 1579, le traité est violé et la 7ème guerre de Religions commence. Le 26 novembre 1580, la paix est restaurée avec l’Édit de Fleix. Le 10 juin 1584, François d’Alençon, qui était héritier de la couronne, décède. Cette situation est problématique car Henri III n’a pas eu d’enfant et son plus proche parent est son cousin Henri de Navarre, le chef protestant. La Ligue Catholique fait donc une alliance avec l’Espagne du très catholique Philippe II pour promouvoir un autre héritier, Charles de Bourbon. Le 7 juillet 1585, la Ligue Catholique oblige Henri III à signer l’Édit de Nemours. Désormais, le culte Protestant est interdit et Henri de Navarre est privé de ses droits à la couronne. De plus le Pape Sixte V soutient l’Édit et excommunie Henri de Navarre. Et c’est le début de la 8ème Guerre de Religion. Néanmoins, l’armée royale est battue par celle d’Henri de Navarre à la bataille de Coutras le 20 octobre 1587.
En 1588,

les catholiques de Paris se soulèvent. Le duc de Guise force donc Henri III à signer l’Édit d’Union le 17 juillet 1588 par lequel le roi doit offrir son soutien inconditionnel à la Ligue. Henri III, humilié, est obligé de fuir Paris mais jure de se venger. Il va trouver refuge au Château de Blois. Le 23 décembre 1588, Henri III fait convoquer le duc de Guise dans son bureau à Blois. Le duc s’y rend mais c’est un guet-apens et la garde d’Henri III l’assassine. En voyant le cadavre de son ennemi étendu en bas de son lit, Henri III déclare : «il est plus grand, mort, que vivant ». Son frère, le Cardinal de Lorraine est assassiné dans sa cellule. Les corps sont découpés et brûlés dans la cheminée du château. Henri III s’allie ensuite avec Henri de Navarre et le reconnaît comme son héritier. Cette fois, la Ligue élève Paris dans la haine du roi. Des poupées en cire sont faites à son effigie où les gens s’amusent à planter des aiguilles. Dans les églises de la capitale, les prêtres font des sermons où ils appellent au meurtre du roi. Ces appels vont parvenir jusqu’aux oreilles d’un jeune moine dominicain illuminé de 22 ans appelé Jacques Clément. Ce dernier prétend avoir des visions des archanges qui lui disent d’aller tuer Henri III. Le

1er août 1589, il se dirige vers le château de Saint-Cloud, d’où Henri III et Henri de Navarre planifient le siège de Paris. Il prétend avoir un message urgent à délivrer au roi. Les gardes l’empêchent de passer mais Henri III accepte de le recevoir pour ne pas qu’on l’accuse de « chasser les moines » (les mots sont de lui). Henri III le reçoit sur sa chaise percée (ses toilettes). Le jeune moine fait mine de lui remettre le message mais sort un couteau de sa manche et poignarde le roi au bas-ventre. Henri III a le temps de retirer le poignard de sa plaie, frapper son agresseur et crier à sa garde : « Le méchant moine ! Il m’a tué ! ». La garde massacre Jacques Clément sur le champ. Henri III décèdera dans la nuit du 1er au 2 août 1589. C’est la fin de la dynastie des Valois. Henri de Navarre devient roi sous le nom d’Henri IV. Après plusieurs échecs pour prendre Paris, il décide de se convertir au Catholicisme en 1593, ce qui lui ouvrira les portes de Paris l’année suivante. Le pape lui-même lève son excommunication. Il écrase la Ligue et expulse les Espagnols hors du royaume en 1597. Le 30 avril 1598, il signe l’Édit de Nantes. C’est la fin des Guerres de Religions. Au total, on estime que plus de 3 millions de Français ont été tués pendant ces 36 ans de guerres civiles.



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